Psychothérapie: Y a plus long et ça rapporte plus… au psy!

J’ai d’abord pensé titrer cet article « le modèle économique des psychothérapies est-il éthique » et puis je me suis dit que je pouvais probablement trouver moins rébarbatif. Néanmoins, c’est bien d’éthique et de modèle économique (« Business model » comme disent nos amis anglo-saxons) dont je vais parler ici (et je vais encore me faire des amis chez certains confrères et consœurs, je le sens). Qu’est-ce que cela a comme rapport avec le bien-être?

Je ne vais pas essayer de définir ce qu’est un bon psy, je ne suis pas certain que cela soit possible mais je vais me mettre dans une perspective économique, pour le patient, et supposer que le « bon » psy est celui qui nous guérit vite et qui nous coûte le moins cher, in fine!

Je dis souvent en boutade à mes amis que la psychothérapie brève est un mauvais Business model et que j’aurais du faire psychanalyste si j’avais du compter sur mon métier de thérapeute pour vivre. En effet, travaillant dans une perspective thérapeutique brève, visant à redonner l’autonomie et le bien-être à mes patients le plus rapidement possible, à se hâter lentement, je ne vois finalement la majorité de mes patients que quelques fois, généralement toutes les deux ou trois semaines, voir même parfois une seule. Et c’est très bien ainsi!

Cependant, dans une perspective économique, et la grande majorité des psychologues et des psychothérapeutes vivent de leur art, un patient qui va mieux, c’est une rentrée d’argent qui diminue. Bien sûr, avec le temps, le bouche à oreille et un peu de marketing personnel, on peut arriver à avoir une liste d’attente et un nouveau patient remplace rapidement celui qui va désormais mieux. Cependant, ce n’est pas toujours le cas et pour ceux qui ont besoin de ces revenus, un patient qui va bien c’est parfois un estomac qui crie famine.

Un psychanalyste (qui pratique la cure analytique traditionnelle, pas ceux qui s’inscrivent eux aussi dans une perspective brève et qui se font d’ailleurs souvent appeler psychothérapeute psychanalytique ou psychodynamique) par contre, part du principe que la cure prend du temps et que voir son patient deux fois par semaine n’est pas un luxe mais une nécessité. Économiquement, c’est l’équivalent du Win-for-life, une rente à vie. Avec 20 patients, vos semaines et votre portefeuille sont pleins.

Donc, économiquement, la pratique thérapeutique brève ( et ce n’est pas la seule, bon nombre de professions libérales sont dans le même cas),  n’est pas intéressante. En effet, il faut du temps pour se construire une patientèle et que le bouche à oreille fasse de l’effet. Et encore, on ne recommande pas son psy comme son coiffeur, d’ailleurs, il reste encore pas mal de personnes qui n’en parlent quasiment pas et c’est leur droit, c’est leur vie privée.

Le marketing personnel est bien plus efficace pour attirer le patient (qui est, dans une perspective économique dépourvue d’éthique, un consommateur comme les autres) que l’efficience thérapeutique. En effet, le fait d’obtenir les résultats rapides influence probablement moins le nombre de patients qui frappent à la porte du psy que le fait qu’il soit passé à la télévision, ait été cité dans un article de journal, ait une chronique à la radio, un site web bien ficelé ou n’importe quelle autre façon de gérer son image personnelle (et les psychologues savent s’y prendre, ça fait partie de notre formation. D’ailleurs, les psys, on en voit partout et ce blog en est la preuve :o) ).

Heureusement, la grande majorité des psychologues ne font pas ce métier pour l’argent (ils auraient été bien mal conseillés sur ce point là) et ils valorisent plus le bien-être de leur client que celui de leur portefeuille. Si notre morale et nos valeurs ne le font pas déjà, notre déontologie (ha, les grands mots) nous interdit de faire durer le processus thérapeutique au delà du nécessaire (facile à objectiver cela). D’une certaine façon, dans certains cas, le système des soins de santé mentale hors institution (donc chaque séance payée par le patient) met le poids de la durée de la thérapie sur le patient (plus il « traîne » à aller mieux, plus il paie. Certains disent même qu’un tarif élevé pousse le patient à guérir plus vite. J’aimerais que ce soit vrai). En soi, cela permet d’éviter que le patient ne reste en thérapie plus de temps que nécessaire et se « force » à retrouver son autonomie (parfois, on peut trouver confortable d’avoir un endroit où l’on peut simplement se confier). En soi, tant qu’il n’y a pas de remboursement par l’INAMI (sécurité sociale) ou les mutuelles, l’état n’a pas besoin de légiférer sur le sujet. Les mutuelles qui ont initié un remboursement très partiel des séances chez un psychologue ont déjà elles placé la limite à 6 ou 12 séances par an. Hâtons nous (pas trop) lentement!

Pour le psy par contre, financièrement, plus ça dure, plus ça rapporte. Si le patient n’est pas remboursé, cela ne l’impacte pas. Il n’a donc, en dehors de sa morale, de ses valeurs, de son éthique, aucune incitation à faire court, bien au contraire. N’y a t’il pas là un conflit d’intérêts manifeste?

Le débat du remboursement des psychothérapies achoppe d’ailleurs en partie sur ce point. Certains pays qui pratiquent déjà le remboursement des psychothérapies ne le font que pour les praticiens qui utilisent des méthodes ayant une efficacité démontrée scientifiquement (basées sur des preuves scientifiques). On peut discuter cette restriction et ce sera un autre débat que de savoir si l’on doit considérer la psychothérapie comme un art de guérir ou comme une science (ou un peu des deux) et donc de savoir si l’on peut la restreindre à certaines pratiques validées scientifiquement (ce qui ne me semble pas impossible, il faut juste objectiver les critères qui font que l’art fonctionne. Art et science ne sont pas mutuellement exclusifs).

Peut-être verra t’on à un moment une proposition de diminuer le revenu des psys si la thérapie dure trop longtemps (mais quid des cas qui demandent plus de temps) et/ou de faire évaluer la nécessité d’une thérapie longue par un pair (ce qui ne serait pas inutile dans certains cas). Il y a probablement beaucoup à penser sur ce sujet.