Pourquoi devrait-on être psychologue pour soigner les personnes en souffrances psychiques?

Lors de mes déambulations sur Internet, je suis tombé sur une discussion sur la nouvelle loi sur la psychothérapie (version 2016 de Mme Deblock). cette loi est contestée et proablement, comme toute loi, contestable sur certains points. La grande différence par rapport à celle de 2014, qui apportait déjà d’énormes changement, positifs selon moi, à l’encadrement de la pratique de l’art de guérir en santé mentale, est qu’elle réserve désormais cette pratique aux seuls psychologues cliniciens et aux médecins. Fini, à terme, la pratique de la psychothérapie par d’autres professions.

L’autre nouveau but de cette loi est aussi de promouvoir une pratique « evidence-based » de la psychothérapie (donc basée sur une approche scientifique, ce qui lui vaut le soutient des cognitivo comportementalistes qui se basent depuis longtemps sur les recherches scientifiques pour développer leurs différentes approches ). Et oui, car Dolto et Freud, ce n’est pas de la science, c’est quasi une religion chez certains psys. Le problème c’est que certaines universités, et malheureusement mon Alma Mater, enseignent encore certaines de ces « théories » (qui n’ont jamais été validées) et pas encore assez l’esprit critique… mais bon, j’ai vu plus de psychologues se poser les bonnes questions que de psychothérapeutes auto-proclamés donc, sans être parfait, le projet va dans le bon sens bien que le précédent allait déjà dans cette direction. C’est juste mieux pour le protectionnisme de la profession des psys et des médecins (qui donc tout d’un coup sont moins critiques vers ce projet qu’envers le précédent). Accessoirement, et ce n’est pas négligeable, ça permettra aussi de résoudre plus rapidement les problèmes de remboursement des séances ce qui sera à l’avantage des patients et de la société (1 € investit dans le remboursement des psychothérapies, c’est 1,3 € d’économie dans les soins de santé autres..).

L’une des remarques que je lis ou entend fréquemment c’est que certains non-psychologues sont meilleurs psychologues que des psys et que la pratique basée sur la science n’est pas fiable car les connaissances scientifiques ne sont pas solides. Je voudrais apporter quelques réflexions à ces deux arguments.

D’abord, la science n’est pas une vérité ou une somme de connaissances solides, c’est une méthode d’analyse et de compréhension de la réalité, de recherche d’une certaine forme de vérité mais elle n’est pas vérité en soi. Donc, naturellement, les connaissances scientifiques évoluent et parfois se contredisent. C’est ce qui fait toute la difficulté de la science pour l’humain, c’est qu’elle ne donne aucune certitude contrairement aux dogmes, qui rassurent.

De plus, il y a de bons scientifiques et certains moins bons, et surtout il y a de bonnes interprétation des résultats des expériences et des recherches et il y en a qui sont fondamentalement incorrecte, qui ne respectent pas avec suffisamment de rigueur les principes scientifiques. Bref, ne confondons pas l’outil, son utilisation et son utilisateur.

Pour le second point, vous connaissez probablement comme moi des personnes qui sont ne sont pas psychologues et qui sont empathiques, ou qui savent bien écouter, analyser mais ce ne sont pas des psychologues au sens universitaire. Comprendre l’humain (ou du moins donner cette impression) ne fait pas de nous un psychologue. Le psychologue est un scientifique avant tout et faire de la psychologie de comptoir ne fait pas de quelqu’un un psychologue. C’est aussi ridicule que les homéopathes qui parlent de physique quantique pour essayer d’expliquer un phénomène qui n’existe que dans leur imagination.

Par contre, la psychothérapie n’est pas que de la science. C’est une forme d’art ou du moins d’artisanat. Les expériences scientifiques et les analyses le montrent clairement, ce qui est le plus important dans l’art de guérir l’âme (la thérapie de la psyché), c’est la relation entre le patient et son thérapeute. Et là aussi, on peut donner des caractéristiques, des attitudes, etc. Les études nous indiquent aussi que l’effet Placébo, les attentes du patients, ont un effet important. Et on observe aussi qu’une discussion avec une personne bienveillante et neutre peut être déjà très efficace. Et là, c’est la dialectique entre la science et l’humanité du praticien qui sont important.

Il faut aussi souligner que si en effet des psychothérapeutes non psychologues ou médecins peuvent avoir de très bon résultats, individuellement; globalement, les psychologues et les médecins ont une proportion nettement moindre de patients qui vont moins bien après qu’avant. Donc, oui, il y a des psychothérapeutes non-psy qui obtiennent des résultats et qui sont des personnes très consciencieuses, qui se tiennent au courant, qui sont même parfois mieux formées et informées que des psys ou des médecins, mais ce n’est pas une généralité non plus.

Ce principe s’applique dans de nombreux domaines. On connaît tous des personnes qui sont excellentes dans d’autres domaines que celui qu’elles ont étudiées ou qu’elles exercent. Les diplômes et les restrictions d’accès à la profession sont là pour essayer de garantir un niveau minimum de connaissances et de compétences. Quand vous allez chez un médecin ou un kiné, vous pouvez être sûr qu’il a des connaissances solides de l’anatomie humaine et qu’il ne va pas vous dire que vous avez un problème au rein quand vous avez des douleurs au dos 20 cm en dessous de l’emplacement de ceux-ci (histoire vécue avec une masseuse « somato-thérapeute » qui s’est laissée aller au diagnostic médical). On est même heureux quand, dans ce genre de cas, la personne ne fait pas plus de dégâts au lieu de soigner.

Si une personne est douée pour les relations avec les autres et qu’elle veut pratiquer l’art de soigner, elle peut suivre la formation adéquate afin de compléter ses connaissances et ses compétences et ensuite exercer. On l’exige de nos bouchers, de nos plombiers, de nos électriciens, de nos kinés, de nos pharmaciens, de nos médecins, de nos avocats… en quoi la pratique de la psychothérapie devrait-elle faire exception à cela? Pour laisser la possibilité de se réorienter? C’est faisable! J’ai personnellement repris les études à 31 ans pour décrocher mon diplôme de psychologue clinicien tout en travaillant… Et je n’étais pas le seul à faire cela. Si l’on veut faire les choses sérieusement, ça me semble normal de ne pas chercher à prendre un raccourci et de se dire que le cursus qu’on a eu en tant qu’infirmier, kiné ou avocat doit être suffisant pour pouvoir se passer d’une formation sérieuse en la matière. On ne l’accepte pas non plus dans l’autre sens.

Pour finir là dessus, car ma tirade est un peu longue, je ne dit pas non plus que la formation des psycholoues est parfaite et suffisante, loin de là. Je pense même réellement qu’on doit augmenter le niveau de formation des psychologues cliniciens et des psychothérapeutes en général, quels qu’ils soient. Il faut tirer vers le haut, pas vers le bas. Nous, patients potentiels ou effectifs, nous le méritons bien, vu l’importance que peut prendre l’entrevue avec un « psy ». N’oublions pas que dans certains cas, les patients remettent quasiment leur vie entre nos mains, nous apportant leur désir de mort et leurs difficultés à vivre. Prendre de telles responsabilités, ça vaut bien quelques années d’études, non?