Peut-on tout dire à son psychologue?

C’est une question qui n’est que très rarement posée mais qui pourtant me semble être souvent sous-jacente dans la relation thérapeutique. Je ne pense pas qu’il n’y ai qu’une seule réponse à cette question, d’autant qu’elle touche à l’intime et donc à l’individuel. Donc, au lieu d’une réponse, je voudrais vous proposer quelques pistes de réflexion sur le sujet.

D’abord, il me semble bon de rappeler que le psychologue est soumis au secret professionnel. Comme le décrète l’article 458 du code pénal belge, ce qui est dit dans le cadre de la relation client-psychologue est donc strictement confidentiel et ne peut être révélé par le psychologue (à moins d’entrer dans le cadre des exceptions prévues par la loi à l’article 458bis du code pénal, à savoir afin de prévenir un crime contre un enfant ou une personne faible). Aussi, le simple fait que vous consultiez un psychologue peut être considéré comme une information relevant de la loi sur la protection de la vie privée. Une des conséquence de cela, par exemple, est que certains psychologues, dont je fais partie, n’inscrivent le nom du client que sur l’exemplaire du reçu qu’ils lui remettent à la fin de la séance afin de lui laisser le choix de communiquer cette information à quelqu’un d’autre, en l’état, la mutuelle. Il n’y a en effet aucune raison pour laquelle un contrôleur des contributions ou un comptable ne doivent avoir accès à cette information. Notez aussi que l’article 458bis s’applique pour des faits ou pour une présomption forte d’un risque réel pour l’intégrité physique d’une personne. Le fait que vous puissiez, par exemple, penser à supprimer votre  belle-mère (quant à prendre un exemple, autant pêcher dans les stéréotypes), ne signifie pas qu’en exprimant cette envie, votre psychologue va, immédiatement après votre départ, appeler la police pour les informer d’un crime imminent. Loin s’en faut.

Si le cadre légal vous protège donc contre d’éventuelles indiscrétions, il n’en reste pas moins que vous n’avez aucune obligation à raconter les moindres de vos pensées à votre psychologue. Pour pousser la réflexion à l’extrême  rien ne vous empêche d’aller chez un psychologue, de vous asseoir et de ne rien dire. Tout au plus le psy peut vous signifier ses difficultés à fonctionner dans cette situation, s’il en a, voire éventuellement refuser de prolonger les séances s’il ne pense pas être capable de faire face à ce mutisme. En dehors de cela, même si ce n’est probablement pas la manière qui soit la plus « efficace » d’entamer une thérapie (en encore, cela dépend du référentiel du professionnel que vous avez choisi), c’est votre argent. Si vous avez besoin de rester muet avec votre psy pendant 33 séances, ainsi soit-il!

Donc, vous n’êtes pas obligés de parler (même si la très grande majorité des clients le font, voire même par signe s’ils sont muets) et vous êtes encore moins obliger de dévoiler vos pensées les plus secrètes, aucun psychologue ne devrait vous faire cette demande. Dévoiler vos pensées, quelles soient intimes ou banales, ne doit être que le résultat d’un choix et/ou d’un désir de partager des pensées, des souvenirs, des émotions avec la personne que vous avez choisie pour vous accompagner dans un processus thérapeutique.

Certaines expériences, certaines émotions, certains ressentis sont d’ailleurs indicibles. Ils ne peuvent que difficilement être partagé. Ce n’est pas nécessaire d’ailleurs. Parfois une évocation, un silence, un dessin, un regard, une parabole, un geste, une métaphore, une expression ou une musique feront tout aussi bien l’affaire. La présence du thérapeute pour son client, le partage de cet espace, de ce temps, cette attention qui lui est entièrement consacrée et l’acceptation entière par le psychothérapeute et le client (s’il le peut) de ce qui se produit durant ces instants là sont déjà des facteurs clé de la relation thérapeutique. Ce qui est là est là et c’est parfait ainsi.

Bien sûr, parfois, certaines histoires voudraient s’exprimer au grand jour, trouver une oreille attentive et bienveillante pour les entendre mais la bouche ne peut, ne veut les raconter. Parfois, ces histoires nous font souffrir et nous ne voulons pas les partager de peur de voire cette douleur augmenter voire même de la transmettre à celui qui la recevra.  Notre cerveau peut alors nous inonder de pensées: « Peux-tu narrer l’inénarrable? Comment pourrais-tu transmettre ce fardeau à cet autre, si prévenant, si sensible à tes émotions, si présent pour toi? Comment oserais-tu lui avouer ta honte et sa cause ? Tu vas t’effondrer, te répandre en pleurs! ». Notre cerveau à une kyrielle  de pensées qui peuvent justifier le silence. De là à dire qu’elles sont toutes justes. N’exagérons pas!

Le psychologue, tout aussi emphatique qu’il soit, ne peut ressentir ce que vous ressentez à l’écoute de votre histoire. C’est sa force et sa faiblesse. Il peut, bien sûr, percevoir vos émotions, imaginer vos souffrances et, peut-être, en effet, se remémorer des moments difficiles de son propre passé. Mais il a choisi d’être là, il a décidé d’accueillir ces/ses émotions. Elles sont ses outils. Bien plus que les théories et les modèles, les émotions du psychothérapeutes sont des ressources cruciales pour son travail. C’est pour cette raison que le travail personnel du psychothérapeute, celui qu’il fait sur lui-même, est aussi important, si pas plus, que le temps qu’il passe à acquérir de nouvelles compétences ou à augmenter ses connaissances théoriques. Vous pouvez donc lui confier votre secret sans vous soucier de savoir s’il va s’effondrer.

Pour résumer, vous pouvez tout dire à votre psychologue cependant vous n’êtes pas obligé de le faire. Cependant, si vous hésitez à partager quelque chose de difficile de peur que votre psychologue ne puisse le gérer, n’oubliez pas que c’est son métier et que cela fait partie de ses compétences.