L’évaluation des modèles psychothérapeutiques

Comme beaucoup de mes confrères consciencieux, j’attache une grande importance à l’efficacité des techniques que j’utilise, sans tomber dans le travers d’une recherche de rendement absolu qui pourrait déboucher sur une précipitation ou une course contre la montre. Dans un monde dans lequel l’efficacité et la rentabilité sont des maîtres mots, la psychothérapie doit aussi offrir la possibilité de prendre le temps nécessaire, de prendre son temps, du temps pour soi. Hâtons-nous lentement.

Néanmoins, il me semble important d’utiliser de bons outils et de les utiliser à bon escient. Le psychologue / psychothérapeute commence par identifier les souffrances et les fonctionnements qui peuvent les causer puis il choisit le ou les outils qui vont l’aider à amener un mieux-être au patient. Tout comme le maçon ne va pas utiliser sa truelle pour vérifier la rectitude de son mur mais plutôt un fil de plomb, le psy sélectionne les outils les plus appropriés à la situation. Assez logiquement, ce choix s’effectue sur base de l’analyse du problème et de ses causes probables (le diagnostic) et aussi des sensibilités du patient et du thérapeute. L’expérience, les formations et les connaissances du psychothérapeute guident naturellement ses choix mais il reste néanmoins des biais possible (échantillon limité, connaissances limitée des techniques, compétences personnelles, etc.). Bien sûr, le psychologue consciencieux se remet fréquemment en question et essaie de porter un regard critique sur sa pratique et de s’ouvrir aux avancées des recherches en la matière. Il me semble bénéfique pour tout le monde, psychothérapeutes et patients, d’évaluer les progrès et le ressenti de chacun dans la relation thérapeutique. Mais les progrès de nos propres patients ne peuvent être le seul indicateur de la valeur de l’outil ni une raison pour ne pas se questionner.

Pour stimuler cette remise en question et l’utilisation de techniques qui font l’objet d’une recherche et d’une validation scientifique, certains pays, dont les Pays-Bas, ont même décidé de ne plus rembourser que les interventions psychologiques utilisants des outils dont l’efficacité est démontré scientifiquement, ce que les anglophones appellent « evidence-based psychotherapies ».

En tant que psychologue pragmatique pratiquant la psychothérapie, je m’intéresse à l’efficacité des différents modèles ou techniques afin de pouvoir rester ouvert à la diversité et néanmoins ne pas devenir prisonnier d’une mode ou d’un dogme. Ce n’est pas parce que on ne possède pas encore d’explication sur la façon dont une technique fonctionne qu’il faut la rejeter, du moins, si l’on peut prouver qu’elle donne des résultats positifs dans de nombreux cas, qui sont durables et qu’elle ne risque pas de faire du mal à certains (ce qui est souvent négligé). De plus, il est aussi bon de connaitre les indications et contre-indications de ces techniques. Si je prend l’exemple de l’hypnose eriksonnienne, bien que son cadre et son fonctionnement soit relativement bien théorisé, on a peu d’explications validées scientifiquement de son mode de fonctionnement mais on possède suffisamment de preuves de son efficacité que pour l’utiliser de manière adéquate et optimale. On peut en dire presque tout autant de l’EMDR.

Néanmoins, il n’est pas facile de s’y retrouver dans l’ensemble de ses techniques et de savoir lesquelles sont « validées » ou non. L’American Psychological Association a heureusement créé un site qui reprend les differents catégories de diagnostics cliniques et de techniques / méthodes thérapeutiques et en donne l’état de la recherche et l’adéquation de l’une comme moyen de traitement de l’autre. Bien sûr, toutes les techniques n’ont pas été testées, les psychanalystes n’étant, par exemple, pas très enclins à soumettre leur pratique à l’épreuve de la science et certaines techniques / méthodes récentes n’ont pas encore bénéficiées d’un grand nombre de recherche de par leur jeunesse. Le site n’en reste pas moins une excellente source d’information sur le sujet: http://www.psychology.sunysb.edu/eklonsky-/division12/ ou www.psychologicaltreatments.org