De la relation par ordinateur et par courriel

Voici un bref extrait d’un rapport que j’ai produit en 2009 visant à dresser une revue de la littérature scientifique existante sur la relation par ordinateur (CMC, Computer Mediated Communication en Anglais) et plus précisément sur ce que certains appellent les eTherapies, à savoir les thérapies dont la relation se déroule par l’intermédiaire d’Internet (eMail, Chat, Videophonie, etc.).

L’ordinateur et sa connexion à l’Internet sont des outils de communication. Barak (Barak, 2007) suggère que ce mode de communication présente plusieurs avantages sur la communication par téléphone. Parmi ces avantages soulignons les suivants : Un plus grand anonymat, la possibilité de communications synchrones et asynchrones, la possibilité de converser avec plusieurs personnes en même temps et la possibilité de sauvegarder les informations échangées. Cependant Barak remarque que l’anonymat n’est pas qu’un avantage car il peut être utilisé pour raconter des histoires inventées de toute part. Autre désavantage, la technologie est faillible et des messages peuvent se perdre ou être interrompus à des moments peu opportuns. De plus, la communication par ordinateur n’est probablement pas un moyen de communication adapté pour tout le monde.

Barak et ses collaborateurs (Barak, Hen, Boniel-Nissim, & Shapira, 2008) soulignent aussi la résistance massive, parmi les thérapeutes, aux communications par Internet du à l’absence de visibilité et de perception des indices non-verbaux de la communication qui sont considérés comme des composants essentiels de la relation thérapeutique. Cependant, dans leur revue des recherches sur le rôle des émotions dans les communications par Internet, Derks, Fischer & Bos (Derks, Fischer, & Bos, 2008) indiquent que les émotions semblent être aussi facilement exprimées dans les messages écrits par Internet et que les indices non-verbaux sont souvent suppléés par les émoticônes. Néanmoins, il n’est pas impossible que les indices émotionnels soient parfois mésinterprétées.

Barak et collaborateurs (Barak, Hen, Boniel-Nissim, & Shapira, 2008) rappellent aussi les résistances liées aux aspects éthiques de ces modes de communications. Ceux-ci posent des questions en termes de confidentialité et d’identité, aussi bien du client que du thérapeute. Néanmoins, la méta-analyse qu’ils ont réalisée semble indiquer que les thérapies utilisant l’Internet comme medium de communication ne sont pas moins efficaces que les thérapies en face-à-face. Cependant, Il semble que les adultes et les jeunes adultes bénéficient plus de l’usage d’Internet dans leur thérapie. De plus, il semble que les e-Thérapies soient moins adaptées pour certaines formes de thérapies (TCC par exemple) et certaines problématiques. De plus, une étude suggère qu’une communication (synchrone ou asynchrone) par Internet bien vécue peut améliorer la qualité de la relation en face-à-face qui prolongera cette relation (Dietz-Uhler & Bishop-Clark, 2001). Aussi, comme le suggère Amichai-Hamburger (Amichai-Hamburger, 2002; Hamburger & Ben-Artzi, 2000), les individus ayant une personnalité de type neurotique (anxieuse, préoccupée) et/ou introverties ont plus tendance à utiliser l’Internet pour communiquer car ce mode de communication leur donne un plus grand sentiment de contrôle. Il est donc probable que l’envoi de courriel puisse être une première étape « d’apprivoisement » avant une conversation téléphonique puis une rencontre en face-à-face. Comme le souligne le rapport de l’Institut Wallon pour la Santé Mentale sur l’Usage Problématique des Technologies de l’information et de la communication (UPTIC), on ne doit pas oublier que les relations médiatisées par ordinateur peuvent « permettre à un individu de satisfaire avec plus ou moins de succès le besoin profondément humain d’avoir des relations et en même temps, favoriser chez lui le repli paranoïde, en lui évitant toute forme d’engagement intersubjectif. ». Citant Civin, ils remarquent que cet usage peut relever d’un malentendu qui va satisfaire certains usagers : « Internet promeut un mode d’interaction qui, subjectivement, peut apparaître comme une forme d’engagement et de relation intersubjective, mais qui, en même temps, reste de façon prédominante une forme asociale d’isolement et d’autoprotection. Ces modes d’interaction sont une forme de relation d’objet caractérisée par des relations partielles, par une confusion ou une ambiguïté entre ce qui se passe et ce qui est imaginé, ce qui a lieu à l’intérieur de soi et à l’extérieur de soi, tel qu’on peut l’appréhender à partir d’un écran d’ordinateur… le cybersystème peut devenir un vecteur de relation paranoïde, expérience par laquelle l’individu s’engage néanmoins, du sein de sa cellule de repli, dans des relations qui revêtent les qualités et les caractéristiques de relations réelles».

Néanmoins, ils rappellent que les relations médiatisées par ordinateur se caractérisent par une possibilité d’anonymat et de contrôle plus important de son apparence que dans une relation face à face. Notons aussi que certains auteurs insistent sur le fait que ce type de communication permet de développer extrêmement rapidement une forme « d’intimité » et de climat de confidences dans la relation. Dans le cas de personnes particulièrement sensibles au rejet et à la désapprobation, Internet offre la possibilité d’entrer en relation avec d’autres sans se mettre exagérément en danger. Dans certains cas, cette première relation « virtuelle » peu donner suffisamment confiance à ces personnes pour les amener vers une relation en face-à-face qui aurait été impensable sans cela. Cependant, a contrario, si les difficultés de la personne sont trop fortement ancrées, elle pourrait se complaire dans sa relation virtuelle et maintenir l’illusion que les relations ainsi créées possèdent les qualités des relations « classiques » tout en satisfaisant ses désirs ambivalent de séparation de son milieu et de sécurité. Dans ce cas, la relation virtuelle vient renforcer le comportement du sujet en lui permettant de l’actualiser dans une nouvelle version.

Bref, comme nous l’avons déjà dit, l’Internet a des « vertus transitionnelles » pour peu que le sujet qui l’utilise soit dans le besoin, la possibilité et la disponibilité psychoaffective (psycho-dynamique) d’utiliser cet objet comme tel.

Bibliographie:

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