Pourquoi devrait-on être psychologue pour soigner les personnes en souffrances psychiques?

Lors de mes déambulations sur Internet, je suis tombé sur une discussion sur la nouvelle loi sur la psychothérapie (version 2016 de Mme Deblock). cette loi est contestée et proablement, comme toute loi, contestable sur certains points. La grande différence par rapport à celle de 2014, qui apportait déjà d’énormes changement, positifs selon moi, à l’encadrement de la pratique de l’art de guérir en santé mentale, est qu’elle réserve désormais cette pratique aux seuls psychologues cliniciens et aux médecins. Fini, à terme, la pratique de la psychothérapie par d’autres professions.

L’autre nouveau but de cette loi est aussi de promouvoir une pratique « evidence-based » de la psychothérapie (donc basée sur une approche scientifique, ce qui lui vaut le soutient des cognitivo comportementalistes qui se basent depuis longtemps sur les recherches scientifiques pour développer leurs différentes approches ). Et oui, car Dolto et Freud, ce n’est pas de la science, c’est quasi une religion chez certains psys. Le problème c’est que certaines universités, et malheureusement mon Alma Mater, enseignent encore certaines de ces « théories » (qui n’ont jamais été validées) et pas encore assez l’esprit critique… mais bon, j’ai vu plus de psychologues se poser les bonnes questions que de psychothérapeutes auto-proclamés donc, sans être parfait, le projet va dans le bon sens bien que le précédent allait déjà dans cette direction. C’est juste mieux pour le protectionnisme de la profession des psys et des médecins (qui donc tout d’un coup sont moins critiques vers ce projet qu’envers le précédent). Accessoirement, et ce n’est pas négligeable, ça permettra aussi de résoudre plus rapidement les problèmes de remboursement des séances ce qui sera à l’avantage des patients et de la société (1 € investit dans le remboursement des psychothérapies, c’est 1,3 € d’économie dans les soins de santé autres..).

L’une des remarques que je lis ou entend fréquemment c’est que certains non-psychologues sont meilleurs psychologues que des psys et que la pratique basée sur la science n’est pas fiable car les connaissances scientifiques ne sont pas solides. Je voudrais apporter quelques réflexions à ces deux arguments.

D’abord, la science n’est pas une vérité ou une somme de connaissances solides, c’est une méthode d’analyse et de compréhension de la réalité, de recherche d’une certaine forme de vérité mais elle n’est pas vérité en soi. Donc, naturellement, les connaissances scientifiques évoluent et parfois se contredisent. C’est ce qui fait toute la difficulté de la science pour l’humain, c’est qu’elle ne donne aucune certitude contrairement aux dogmes, qui rassurent.

De plus, il y a de bons scientifiques et certains moins bons, et surtout il y a de bonnes interprétation des résultats des expériences et des recherches et il y en a qui sont fondamentalement incorrecte, qui ne respectent pas avec suffisamment de rigueur les principes scientifiques. Bref, ne confondons pas l’outil, son utilisation et son utilisateur.

Pour le second point, vous connaissez probablement comme moi des personnes qui sont ne sont pas psychologues et qui sont empathiques, ou qui savent bien écouter, analyser mais ce ne sont pas des psychologues au sens universitaire. Comprendre l’humain (ou du moins donner cette impression) ne fait pas de nous un psychologue. Le psychologue est un scientifique avant tout et faire de la psychologie de comptoir ne fait pas de quelqu’un un psychologue. C’est aussi ridicule que les homéopathes qui parlent de physique quantique pour essayer d’expliquer un phénomène qui n’existe que dans leur imagination.

Par contre, la psychothérapie n’est pas que de la science. C’est une forme d’art ou du moins d’artisanat. Les expériences scientifiques et les analyses le montrent clairement, ce qui est le plus important dans l’art de guérir l’âme (la thérapie de la psyché), c’est la relation entre le patient et son thérapeute. Et là aussi, on peut donner des caractéristiques, des attitudes, etc. Les études nous indiquent aussi que l’effet Placébo, les attentes du patients, ont un effet important. Et on observe aussi qu’une discussion avec une personne bienveillante et neutre peut être déjà très efficace. Et là, c’est la dialectique entre la science et l’humanité du praticien qui sont important.

Il faut aussi souligner que si en effet des psychothérapeutes non psychologues ou médecins peuvent avoir de très bon résultats, individuellement; globalement, les psychologues et les médecins ont une proportion nettement moindre de patients qui vont moins bien après qu’avant. Donc, oui, il y a des psychothérapeutes non-psy qui obtiennent des résultats et qui sont des personnes très consciencieuses, qui se tiennent au courant, qui sont même parfois mieux formées et informées que des psys ou des médecins, mais ce n’est pas une généralité non plus.

Ce principe s’applique dans de nombreux domaines. On connaît tous des personnes qui sont excellentes dans d’autres domaines que celui qu’elles ont étudiées ou qu’elles exercent. Les diplômes et les restrictions d’accès à la profession sont là pour essayer de garantir un niveau minimum de connaissances et de compétences. Quand vous allez chez un médecin ou un kiné, vous pouvez être sûr qu’il a des connaissances solides de l’anatomie humaine et qu’il ne va pas vous dire que vous avez un problème au rein quand vous avez des douleurs au dos 20 cm en dessous de l’emplacement de ceux-ci (histoire vécue avec une masseuse « somato-thérapeute » qui s’est laissée aller au diagnostic médical). On est même heureux quand, dans ce genre de cas, la personne ne fait pas plus de dégâts au lieu de soigner.

Si une personne est douée pour les relations avec les autres et qu’elle veut pratiquer l’art de soigner, elle peut suivre la formation adéquate afin de compléter ses connaissances et ses compétences et ensuite exercer. On l’exige de nos bouchers, de nos plombiers, de nos électriciens, de nos kinés, de nos pharmaciens, de nos médecins, de nos avocats… en quoi la pratique de la psychothérapie devrait-elle faire exception à cela? Pour laisser la possibilité de se réorienter? C’est faisable! J’ai personnellement repris les études à 31 ans pour décrocher mon diplôme de psychologue clinicien tout en travaillant… Et je n’étais pas le seul à faire cela. Si l’on veut faire les choses sérieusement, ça me semble normal de ne pas chercher à prendre un raccourci et de se dire que le cursus qu’on a eu en tant qu’infirmier, kiné ou avocat doit être suffisant pour pouvoir se passer d’une formation sérieuse en la matière. On ne l’accepte pas non plus dans l’autre sens.

Pour finir là dessus, car ma tirade est un peu longue, je ne dit pas non plus que la formation des psycholoues est parfaite et suffisante, loin de là. Je pense même réellement qu’on doit augmenter le niveau de formation des psychologues cliniciens et des psychothérapeutes en général, quels qu’ils soient. Il faut tirer vers le haut, pas vers le bas. Nous, patients potentiels ou effectifs, nous le méritons bien, vu l’importance que peut prendre l’entrevue avec un « psy ». N’oublions pas que dans certains cas, les patients remettent quasiment leur vie entre nos mains, nous apportant leur désir de mort et leurs difficultés à vivre. Prendre de telles responsabilités, ça vaut bien quelques années d’études, non?

Anorexie et troubles alimentaires: un problème de miroir?

En 2007, une association suédoise qui s’occupait des problèmes d’anorexie et de boulimie avait tourné et diffusé une publicité (voir ci-dessous) qui mettait en avant les problèmes de perception de soi lié à ces terribles maladies. Il me semble qu’une petite piqûre de rappel ne fera pas de tort.

Pour ceux qui trouvent que l’on en fait peut-être trop autour de l’anorexie et de la boulimie, voici quelques chiffres. L’anorexie serait la troisième maladie chronique à l’adolescence aux USA. Elle concerne majoritairement (90%) les femmes et surtout les jeunes femmes entre 10 et 19 ans. La prévalence (le nombre de cas constatés à un instant donné) est estimée entre 0 et 1,5% de la population féminine. On estime aussi qu’entre 0,6 et 4% des femmes souffriront d’anorexie au cours de leur vie. Quasiment une sur 25! (Simon, 2007)

Encore plus inquiétantes sont les statistiques suivantes: selon Franko et al. (2004), 20 à 30% des jeunes filles anorexiques font une tentative de suicide. Selon Fichter, Quadfliegd et Hedlung (2006) ainsi que d’autres études citées par office nationale des statistiques du Canada, entre 5 et 20% (une jeune anorexique sur cinq) décéderait des suites de la maladie (généralement de malnutrition ou par suicide). Avec une prévalence sur la durée de vie de 1% (je reste conservateur) et 5% de cette population qui décède, cela fait 5 femmes pour 10.000 (ou 0,05%) qui décéderaient des suites de cette maladie (si je prend les nombre moins conservateurs, on arrive à 0,8 % de la population féminine). A titre de comparaison, le taux de mortalité par suicide en Belgique en 2005 (Source: OMS) était de 0,028 % (soit 2,8 pour 10.000) et 0,01% (soit 1 pour 10.000) pour les femmes (les chiffres de 2008 fournis par le centre de prévention du suicide sont quasi similaire). Donc, en restant conservateur, on est dans un rapport de 1 à 5. Bien sûr, nous n’avons pas ici les estimations du pourcentage de décès par suicide et par malnutrition chez les anorexiques et les statistiques sur les tentatives de suicides sont peu nombreuses et relativement peu fiables mais, même avec une marge d’erreur de l’ordre de 100% (ce qui est énorme), on arrive et une répartition 50/50 entre les deux causes principales de décès liés à l’anorexie, il semble clair qu’une jeune fille anorexique présente au minimum deux fois plus de risques de décès par suicide et un certain nombre de fois plus de risques de faire une tentative. Le diagnostic n’est donc pas à prendre à la légère. D’autant plus que le taux de rémission totale, la probabilité d’être guéri et de ne pas revivre de nouveaux épisodes, n’est que d’une chance sur deux.

L’image du miroir utilisé par cette publicité n’est pas anodine. L’anorexie (et la boulimie) serait dans certains cas liée à une insatisfaction par rapport à son image corporelle, ce qui expliquerait d’ailleurs peut-être aussi la différence entre hommes et femmes, les hommes ayant plus tendance, selon McCabe & Ricciardelli (2001), à chercher une prise de muscle qu’une perte de poids pour obtenir une satisfaction de leur image corporelle, s’éloignant ainsi des critères diagnostiques de l’anorexie. Notons aussi que l’anorexie la plus fréquente chez les hommes est une anorexie par excès d’exercice physique.

Les canons de beauté imposés par notre société et particulièrement à travers les médias ont bien sûr leurs parts de responsabilités (ne fut-ce déjà dans la genèse de l’insatisfaction par rapport à l’image corporelle). Une étude, que je n’arrive plus à retrouver, semblait même indiquer que la perception de l’image corporelle normale des pères de jeunes filles anorexiques déviait justement de la normale pour tendre vers des morphologies plus minces ou, pour le dire autrement, le père d’une anorexique aurait plus tendance à estimer qu’une jeune fille au corps très mince est dans la moyenne. Intuitivement, tout cela ne semble pas si improbable et difficile à concevoir.

Sans m’étaler sur le sujet, il y a bon nombre de personnes plus qualifiées que moi sur le sujet, il y a donc très probablement un problème de miroir dans les causes de l’anorexie, celui que nous offre la société, notre famille, notre environnement. Je suis parce que tu es. Nous n’existons d’une certaine manière qu’à travers le regard, réel ou que nous supposons, des autres. Lorsque nous cesseront de vénérer, de désirer, des jeunes filles extrêmement mince, de valoriser le corps pour son esthétique plutôt que pour sa bonne santé, nous verront très probablement l’incidence et la prévalence de l’anorexie diminuer fortement.

Références:

Statistiques Canada: troubles des conduites alimentaires: http://www.statcan.gc.ca/pub/82-619-m/2012004/sections/sectiond-fra.htm

Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale: http://www.inserm.fr/thematiques/neurosciences-sciences-cognitives-neurologie-psychiatrie/dossiers-d-information/anorexie

Simon Y. (2007) « Épidémiologie et facteurs de risque psychosociaux dans l’anorexie mentale », in Nutrition clinique et métabolisme 21, pp 137–142 (disponible sur le site du centre Le domaine: http://www.domaine-ulb.be/documents/programmeanorexieboulimie/articles-scientifiques/epidemiologie-facteurs-psychosociaux.pdf)

Franko DL, Keel PK, Dorer DJ, Blais MA, Delinsky SS, Eddy KT, Charat V, Renn R, Herzog DB. (2004) « What predicts suicide attempts in women with eating disorders? », Psychological Medicine ; 34:843-853.

Fichter MM, Quadflieg N, Hedlund S. (2006) Twelve-year course and outcome predictors of anorexia nervosa. International Journal of Eating Disorders; 39(2):87-100.

McCabe, M., & Ricciardelli, L. (2001). Parent, peer and media influences on body image and strategies to both increase and decrease body size among adolescent boys and girls. Adolescence36(142), 225-240. (disponible sur http://dro.deakin.edu.au/eserv/DU:30001199/mccabe-parentpeer-2001.pdf)

OMS: « Suicide rates per 100,000 by country, year and sex (Table) » disponible sur http://www.who.int/mental_health/prevention/suicide_rates/en/index.html

 

Centre de prévention du suicide: http://www.preventionsuicide.be/view/fr/leSuicide/Tousconcernes/chiffres.html

Faut-il être psychologue pour être psychothérapeute?

En 2012, sur un forum professionnel auquel je participe, la question de l’intérêt d’avoir une formation de psychologue (formation universitaire de 5 ans) pour être psychothérapeute fut posée. J’avais répondu à l’époque sur ce forum et copié une partie de cet échange ici. Ce 3 janvier 2016, j’ai édité cet article pour le remettre au goût du jour en intégrant la nouvelle loi sur la pratique de la psychologie clinique et de la psychothérapie. Bien que les exigences légales soient nettement plus claires qu’elles ne l’étaient à l’époque, certaines questions abordées ici restent d’actualité.

Légalement, en Belgique, à ce jour (janvier 2016), le titre de psychothérapeute n’est pas encore protégé mais l’arrêté royal qui vise à protéger la pratique de la psychologie clinique et de la psychothérapie devrait prendre effet dans le courant du mois de juin si notre chère ministre de la santé ne vient pas rajouter son grain de sable à un dossier qui a mis près de 20 ans à trouver une solution. A ce jour, la pratique du diagnostic clinique en santé mentale et de la psychothérapie, l’art de guérir la souffrance mentale, s’inscrivent dans les pratiques de la médecine (réservée aux médecins donc) ce qui provoque un problème juridique certain, d’autant que ni les psychologues ni les « psychothérapeutes » ne sont considérés comme des professionnels de la santé. Le psychothérapeute n’étant pas « reconnu » officiellement (alors que de facto il l’est par les médecins et les clients), sa pratique ne peut être remboursée par l’INAMI et la belle réduction du coût de la sécurité sociale que cela pourrait engendrer (en augmentant l’utilisation des psychothérapies à la place des médicaments) ne peut être mis en place. Un casse-tête institutionnel qui est compliqué par des disparités nord-sud qui sont plutôt le reflet de différences de modèles théoriques que de problèmes linguistiques.

La loi du 4 avril 2014 (dite loi Muylle) définit désormais des conditions claires pour l’exercice de la psychologie clinique ainsi que pour l’obtention d’une habilitation à la pratique de la psychothérapie. Cette dernière étant subordonnée à une formation supérieure de type court (graduat ou bachelor) en psychologie, soins infirmiers ou assistantes sociales (il y a un peu plus de formations reconnues que celles là) ainsi que d’un cursus en psychopathologie et une formation dans l’une des quatre orientations reconnues par le conseil supérieur de la santé (Systémique, cognitivo-comportementale, centrée sur la personne et psychodynamique). Notez que la psychanalyse à réussi à ne pas se faire considérer comme une pratique psycho-thérapeutique (ce qui a du sens vu le manque de preuve scientifique de l’efficacité de la psychanalyse classique). Notez aussi qu’il y a une différence entre la psychanalyse classique (couché sur le divan, 3 à 5 séances par semaines pendant plusieurs années) et les pratiques psychodynamiques qui s’inspirent de la psychanalyse au départ mais ont évolué vers une approche plus pragmatique et plus courte.

Pour en revenir à la loi Muylle, elle n’est pas parfaite mais permet déjà de mettre un peu d’ordre dans un secteur qui est malheureusement gangrené par quelques charlatans qui jettent le discrédit sur l’ensemble de la profession. Néanmoins le débat est toujours en cours et chacun vient avec son dogme, réfutant le point de vue de l’autre, désirant conserver une autonomie voire une hégémonie sur le secteur et bloquant ainsi l’avancement du processus, au détriment des clients, des personnes en souffrance, bien-sûr.

Comme souvent le débat est en fait une lutte de pouvoir. Cependant il y a des réelles questions qui se posent et qui devront trouver réponse à l’avenir pour le bien des clients (ou patients, selon l’école). Ces questions sont probablement plus philosophiques que politique mais pas sans incidence sur cette dernière. Voici une copie de mon intervention sur le forum dont je faisais mention au début de cet article. Malgré le temps qui a passé depuis lors (bientôt 4 ans), ces questions me semblent toujours pertinentes. Si quelqu’un veut y apporter son éclairage, il est évidemment le bienvenu.

Voici déjà la question posée: « Selon vous, quelle est l’importance de la formation de psychologue dans le cadre de l’accompagnement ? Thérapeute psy ou non psy – coach psy ou non psy ? Quelle est la valeur ajoutée du diplôme de psychologue dans ces activités (i.e. coaching et thérapie) ? Est-ce nécessaire ? »

Suivi de ma réponse:

« C’est une question que je me pose depuis bien longtemps et je n’ai pas (encore) une réponse bien arrêtée sur le sujet mais j’ai déjà quelques éléments de réponse. La formation universitaire de psychologue (clinicien ou non) ne vise pas à former des psychothérapeutes mais bien des « chercheurs » en psychologie (qui est l’étude scientifique du psychisme, du fonctionnement cognitif et des comportements). 

Les formations privées ou universitaires en psychothérapies forment à un (parfois, mais rarement des) modèle(s) et des techniques qui y sont liées et à superviser les « étudiants » dans leur pratiques de ces techniques (je ne m’étendrai pas sur le coût de ces formations et sur le lobby que font certaines, pour ne pas dire toutes les plus importantes ou les mieux représentées – ça tient presque des sectes ou des mafias parfois). 

Les études scientifiques sur l’efficacité des psychothérapies (faites par des psychologues, dont une grande majorité, de par leur formations, sont influencés par un modèle ou un autre, il peut donc y avoir des biais dans ces études, mais certains chercheurs en tiennent compte, heureusement) semblent indiquer que la technique, le modèle thérapeutique utilisé, compte pour moins de 15% dans les facteurs de succès d’une psychothérapie. Le reste étant des facteurs principalement liés à la capacité du psychologue à l’empathie, à créer du lien, à croire en son patient, à être « présent » dans la relation. Ces « qualités » du psychologue ne sont pas développées par un apprentissage théorique mais bien par une pratique répétée, des expériences de vie, un travail sur soi même. Notez que ces pratiques et expériences ne sont pas l’apanage de la psychothérapie ou du cadre thérapeutique et aussi que tout le monde ne part pas du même niveau. De par leur environnement, leur chemin de vie, leur acquis et l’inné, certaines personnes ont « naturellement » développé ces qualités (ou certaines) sans devoir suivre de formation (si ce n’est celle de la vie et de la relation à autrui). 

De plus, une approche « intégrée » (utilisant les différents modèles) semble plus efficaces (et certaines études indiquent que près de 80% des psychologues psychothérapeutes utilisent un mélange de techniques et de modèles dans leur pratique) mais les formations de ce type (intégrées) sont peu fréquentes. Notons aussi que selon certaines études, certains modèles sont plus efficaces pour traiter certains types de problématique (pour ma part j’ai rarement rencontré de clients avec un seul type de problème et avec lequel je ne pouvais pas faire une interprétation multiple des « symptômes » ou des comportements observés et des causes probables) 

Moins scientifiquement, plus au niveau « philosophique », je me demande si j’ai été un moins bon psy (il faudrait encore définir ce que c’est) au début de ma carrière, avant que je ne suive toute une série de formations que maintenant, ou que demain (ou plus tard)? Quand aurai-je du commencer à pratiquer, si ce fut le cas? 

On peut donc se poser la question de l’adéquation de formations que se concentrent sur des apprentissages « techniques » (qui comptent pour 15% du résultat) et négligent ou minimise le développement des qualités personnelles. 

On peut donc se demander si il faut laisser faire les praticiens de modèles farfelus qui ne sont efficaces que de par les facteurs interpersonnels (mais c’est déjà énorme) mais qui peuvent aussi s’avérer tout à fait inefficace?

Etant un pragmatique, je me demande aussi si on peut faire n’importe quoi au nom de l’efficacité. Je m’explique: si j’utilise une technique X qui fonctionne parce qu’elle utilise les facteurs d’efficacité d’une technique Y mais entourée d’un emballage différent (un peu comme les tours de magie), est-ce que c’est éthique, sachant que l’efficacité est quasi identique mais que 80% de ma technique n’est pas nécessaire pour être efficace mais elle donne un côté magique (ou vendeur, ou qui correspond mieux aux croyances de mes clients)? 
Et quant à l’utilité des formations de psychologues? Je n’ai pas encore trouvé beaucoup de non-psychologues qui se posent les questions ci-dessus, qui essaient de tenir compte des facteurs anthropologiques, neurologiques, sociologiques, éthiques, etc. La formation n’est pas suffisante pour être psychothérapeutes mais elle me semble bien être un (strict) minimum pour faire ce métier. 

Comme le disait un de mes professeurs, le psychologue est un chercheur face à chacun de ses patients, il doit remettre le modèle en question en permanence et ne pas essayer de valider le modèle à tout prix. Je pense néanmoins qu’on a encore du pain sur la planche pour se remettre en cause. Il y a encore énormément de dogmes enseignés dans nos formations universitaires. Un peu plus de philosophies des sciences ne nous ferait pas de tort. 

La psychologie (et la psychothérapie) n’est pas une science exacte mais cela ne l’empêche pas d’être une science. Il ne faut pas oublier cependant qu’une science n’est pas un ensemble de savoir mais bien une méthode, un principe de remise en question permanente et d’examen des faits en faisant abstraction des croyances et des dogmes. »

 

Sur cela, Egide Altenloh qui a lancé la question répond:

« ..A mon sens, la formation de psychologue permet de donner un semblant de garantie que la personne qui l’a suivi a un peu de recul critique par rapport au(x) modèle(s) théorique(s) au(x)quel(s) elle se réfère et s’intéresse en partie à ce que raconte les recherches sur l’efficacité des thérapies et intègre les résultats dans une réflexion de sa pratique, voir une remise en question de celle-ci. 

Il faut particulièrement faire attention aux formations privées (je le sais, j’en donne 😉 ). On y trouve de tout : je vous renvoie au scandale de 2007 où un institut de formation en « thérapie de l’âme », dirigé par une personne enregistrée comme « homme de ménage », a défrayé la chronique. 

A mon sens, les risques de tomber sur un manipulateur intégriste voir religieux (ou scientiste) sont réduits quand le thérapeute/formateur a une formation de psychologue. Cette opinion n’engage que moi bien entendu 🙂 »

 

Ce qui amène le complément de réponse de ma part que voici:

« Risques réduit mais loin d’être inexistant, malheureusement. Et j’ai plus d’un exemple en tête. Quand je vois un Astrologue-psychologue (je prend l’exemple parmi tant d’autres), je me demande si c’est un désir de s’inscrire dans les croyances du patient (comme peut le faire l’ethnopsychiatrie) ou simplement d’utiliser les croyances pour se faire un peu plus d’argent. C’est juste une question. Il me semble qu’on flirte avec les pseudo-sciences et la manipulation (bien que les psychothérapeutes peuvent aussi utiliser la manipulation pour aider leurs patients à s’engager dans un changement). La question est finalement: en quoi cette manipulation améliore la vie de mon client et respecte t’elle son libre arbitre, sa liberté individuelle. 

Bon, je m’égare (mais ça reste dans le sujet: le questionnement scientifique et a-dogmatique de sa pratique que la formation du psychologue doit – idéalement – lui avoir inculqué) »

Comme vous pouvez le voir, la question est loin d’être simple et je n’ai fait que de donner un résumé de quelques points qui rentrent en compte (ne parlons pas du point de vue économique et des risques sectaires).

 

Quelques références et articles intéressant sur le sujet:

Moins de récompense pour plus de plaisir

Alors que depuis des années des études montrent que le bâton et la carotte ne sont pas toujours (loin de là) la meilleure façon de motiver des personnes, enfants ou adultes (voir, entre autres: Lepper, Greene & Nisbett , 1973; Deci, Ryan & Koestner, 1999; Jonmarshall Reeve in « Understanding Motivation and Emotion », 2005; Daniel Pink in « Drive », 2009), on continue à offrir de gros bonus aux employés pour faire un travail qui devient dès lors de plus en plus un travail et de moins en moins un plaisir. Le simple fait de promettre une récompense à un enfant pour qu’il réalise une action va diminuer le plaisir intrinsèque qu’il pourrait avoir à réaliser cette action de lui-même, même s’il s’agit d’une activité ludique. Ce qui n’est pas le cas si on le récompense (félicite par exemple) par après, sans rien lui avoir promis.

Une des conséquences est donc que les tentatives de renforcer un comportement positif par la promesse de récompenses peuvent mener à un résultat opposé à celui désiré, rendant ce comportement moins attrayant pour la personne. Néanmoins, c’est peut-être une technique que l’on peut utiliser pour rendre certains comportements moins attrayant. Attention que cela a un effet sur les motivations intrinsèques mais qu’il y en a d’autres et qu’il faut donc composer avec l’ensemble. Il me semble peu probable que le fait de promettre une récompense à un enfant chaque fois qu’il rate un examen puisse le motiver à réussir le jour où il ne sera plus rémunéré. Quoi que, ce serait une expérience intéressante à tenter (mais pas chez soi, bien sûr).

Sexualité et enfance, du normal à l’abus

La sexualité se développe chez les enfants de manière très précoce. La masturbation chez les bébés, aussi bien garçon que fille, est un phénomène courant et tout à fait normal. Néanmoins, quand ils grandissent, aborder le sujet de la sexualité avec les jeunes enfants, sans les effrayer et en leur permettant de découvrir leur sexualité au rythme de leur croissance tout en les informants suffisamment que pour les prévenir des dérives et des abus n’est pas toujours une chose aisée.

Heureusement, certains guides, certains sites ou certains ouvrages peuvent vous aider dans cette tâche. Voici un florilège (qui sera mis à jour) de ressources à votre disposition:

http://www.lebaronperche.org/

Le site de l’association française « le monde à travers un regard » fournit quelques guides ainsi que des références de bandes dessinées sur le sujet et destinées aux enfants. Vous pouvez aller directement dans la section « documents à télécharger » ou « médiathèque » puis « histoires ».

Sur l’excellent site de Yapaka (http://www.yapaka.be), de la fédération wallonie-Bruxelles, la page « Parler sexe avec les enfants » (http://www.yapaka.be/content/parler-sexe-avec-les-enfants) offre deux documents, un premier se voulant un temps d’arrêt pour penser les raisons et la manière de parler aux enfants de sexualité, avec toutes les conséquences, positives et négatives que cela peut avoir. Le second est un guide pédagogique expliquant comment bien traiter de sexualité avec les enfants. Celui-ci explique déjà la sexualité enfantine aux parents et renseigne aussi des livres, des guides, des vidéos et des BD destinés aux enfants, aux parents et aux professionnels.

Dans le genre Bande Dessinée, je vous conseille aussi les ouvrages suivant (repris aussi d’ailleurs dans certaines ressources mentionnées ci-avant) :

– Un des 4 tomes de « L’encyclo de la vie sexuelle » (dont les deux premiers tomes sont en BD, pour les 4-6 ans et les 7-9 ans)



– « Le guide du zizi sexuel » de Hélène Bruller et Zep, pour les pré-adolescents:

– « Lili ne veut plus se montrer toute nue » de Dominique de Saint Mars et de Jérôme Bloch, pour les pré-adolescentes

Pleine conscience pour les enfants

Si vous voulez faire profiter vos enfants des bienfaits de la pleine conscience, le livre d’Eline Snel « Calme et attentif comme une grenouille : La méditation pour les enfants… avec leurs parents » est un outil formidable pour vous y aider. Le livre est clair, abordable et vous explique comment amener vos enfants (dès 5 ans selon Eline Snel mais j’ai esssayé avec un enfant de 3 ans et demi avec qui cela fonctionne déjà très bien) à pratiquer la pleine conscience. Un CD d’exercice avec la belle voix de conte de fée de Sara Giraudeau est joint au livre. Vous en trouverez un petit extrait, ci-dessous.


« Calme et attentif comme une grenouille : La méditation pour les enfants… avec leurs parents »
de Eline Snel
Broché: 132 pages
Editeur : ARENES EDITIONS (15 mars 2012)
Collection : PSYCHOLOGIE
Langue : Français
ISBN-10: 2352041910

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Réduire les enfants à une identité de surdoué génère des effets catastrophiques

« Réduire les enfants à une identité de surdoué génère des effets catastrophiques ». C’est le titre d’une interview du Pr Sylvie Tordjman, responsable Centre National (Français) d’Aide aux enfants et ado­les­cents à Haut Potentiel (CNAHP), qui nous rappelle l’impact d’une étiquette, pourquoi on parle de Haut-Potentiel et plus de surdoués ou d’enfant précoce, qui glisse un petit mot sur l’incomplétude des test de QI pour l’évaluation du haut-potentiel, et qui finit par l’importance de la relation entre l’enseignant et l’enfant.

L’article est lisible sur VousNousIls.fr: Cliquez-ici

J’en profite pour vous rappeler le très bon livre qu’elle a dirigé en 2010, paru au Presses Universitaires de Rennes:

« Aider les enfants à haut-potentiel en difficulté »
Editeur : PU Rennes (19 août 2010)
Collection : Essais
ISBN: 2753511705
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L’évaluation des modèles psychothérapeutiques

Comme beaucoup de mes confrères consciencieux, j’attache une grande importance à l’efficacité des techniques que j’utilise, sans tomber dans le travers d’une recherche de rendement absolu qui pourrait déboucher sur une précipitation ou une course contre la montre. Dans un monde dans lequel l’efficacité et la rentabilité sont des maîtres mots, la psychothérapie doit aussi offrir la possibilité de prendre le temps nécessaire, de prendre son temps, du temps pour soi. Hâtons-nous lentement.

Néanmoins, il me semble important d’utiliser de bons outils et de les utiliser à bon escient. Le psychologue / psychothérapeute commence par identifier les souffrances et les fonctionnements qui peuvent les causer puis il choisit le ou les outils qui vont l’aider à amener un mieux-être au patient. Tout comme le maçon ne va pas utiliser sa truelle pour vérifier la rectitude de son mur mais plutôt un fil de plomb, le psy sélectionne les outils les plus appropriés à la situation. Assez logiquement, ce choix s’effectue sur base de l’analyse du problème et de ses causes probables (le diagnostic) et aussi des sensibilités du patient et du thérapeute. L’expérience, les formations et les connaissances du psychothérapeute guident naturellement ses choix mais il reste néanmoins des biais possible (échantillon limité, connaissances limitée des techniques, compétences personnelles, etc.). Bien sûr, le psychologue consciencieux se remet fréquemment en question et essaie de porter un regard critique sur sa pratique et de s’ouvrir aux avancées des recherches en la matière. Il me semble bénéfique pour tout le monde, psychothérapeutes et patients, d’évaluer les progrès et le ressenti de chacun dans la relation thérapeutique. Mais les progrès de nos propres patients ne peuvent être le seul indicateur de la valeur de l’outil ni une raison pour ne pas se questionner.

Pour stimuler cette remise en question et l’utilisation de techniques qui font l’objet d’une recherche et d’une validation scientifique, certains pays, dont les Pays-Bas, ont même décidé de ne plus rembourser que les interventions psychologiques utilisants des outils dont l’efficacité est démontré scientifiquement, ce que les anglophones appellent « evidence-based psychotherapies ».

En tant que psychologue pragmatique pratiquant la psychothérapie, je m’intéresse à l’efficacité des différents modèles ou techniques afin de pouvoir rester ouvert à la diversité et néanmoins ne pas devenir prisonnier d’une mode ou d’un dogme. Ce n’est pas parce que on ne possède pas encore d’explication sur la façon dont une technique fonctionne qu’il faut la rejeter, du moins, si l’on peut prouver qu’elle donne des résultats positifs dans de nombreux cas, qui sont durables et qu’elle ne risque pas de faire du mal à certains (ce qui est souvent négligé). De plus, il est aussi bon de connaitre les indications et contre-indications de ces techniques. Si je prend l’exemple de l’hypnose eriksonnienne, bien que son cadre et son fonctionnement soit relativement bien théorisé, on a peu d’explications validées scientifiquement de son mode de fonctionnement mais on possède suffisamment de preuves de son efficacité que pour l’utiliser de manière adéquate et optimale. On peut en dire presque tout autant de l’EMDR.

Néanmoins, il n’est pas facile de s’y retrouver dans l’ensemble de ses techniques et de savoir lesquelles sont « validées » ou non. L’American Psychological Association a heureusement créé un site qui reprend les differents catégories de diagnostics cliniques et de techniques / méthodes thérapeutiques et en donne l’état de la recherche et l’adéquation de l’une comme moyen de traitement de l’autre. Bien sûr, toutes les techniques n’ont pas été testées, les psychanalystes n’étant, par exemple, pas très enclins à soumettre leur pratique à l’épreuve de la science et certaines techniques / méthodes récentes n’ont pas encore bénéficiées d’un grand nombre de recherche de par leur jeunesse. Le site n’en reste pas moins une excellente source d’information sur le sujet: http://www.psychology.sunysb.edu/eklonsky-/division12/ ou www.psychologicaltreatments.org

Cultiver l’étonnement.

Voici un autre petit exercice qui apporte du bien-être et que l’on peut pratiquer chaque jour:

    chaque soir, notez au moins 5 choses, petites ou grandes,pour lesquelles vous vous sentez reconnaissant. Cet exercice peut se faire en famille, avec vos enfant, votre partenaire. Qu’est-ce qui vous a plu? Qu’est-ce qui (ou qui) vous a fait sourire? Qu’est-ce qui vous a appris quelque chose? Qu’est-ce qui vous a amené du bonheur aujourd’hui?

Cette petite routine, dont les recherches de Emmons et McCullough montrent qu’elle est bénéfique sur bien des aspects, nous rappelle l’importance du Merci, ce mot simple que nous avons parfois tendance à sous-employer. Pourtant, ce n’est probablement pas par ingratitude mais bien plus par habitude, par manque d’étonnement. Nous ne nous rendons plus compte de ces petites choses, de ces petits gestes qui font tant de bien. Finalement, le scientifique et le philosophe questionnent le quotidien. Le premier essaie de comprendre le comment, le second s’étonne de celui-ci. Nous aussi, nous pouvons adopter cette démarche et nous étonner du quotidien, surtout de celui que nous côtoyons chaque jour et qui peine parfois à nous toucher, à nous émouvoir. On devient peut-être insensible aux horreurs de ce monde, gavé par les médias d’images et de terribles nouvelles mais nous devenons aussi parfois insensible à la beauté d’un soleil qui se lève, d’une belle nuit étoilée, du sourire d’un enfant, de la douceur d’un baiser, de la saveur d’un repas ou de la tendresse d’une caresse. Il y a tant de petites choses auxquelles nous ne faisons plus (assez) attention. C’est probablement aussi en l’entrainement de cette attention que la méditation de la pleine conscience contribue à améliorer notre quotidien. C’est parfois aussi le travail du psychologue de vous aider à relever ces petits détails, à prendre le temps de les noter. Indignez-vous dit Stéphane Hessel, étonnez-vous et dites merci ai-je envie de vous écrire. Votre gratitude, vos merci sont comme des chaudoudoux; vous pouvez en distribuer autant que vous voulez, vous en aurez toujours en suffisance et vous recevrez toujours plus, in fine, que ce que vous donnerez.

Merci de vous faire du bien et aux autres aussi!

Tous des génies

« Tout le monde est un génie. Mais si vous jugez un poisson sur ses capacités à grimper à un arbre, il passera sa vie à croire qu’il est stupide » (Albert Einstein)

Provenant d’un personnage symbolisant le génie humain, cette citation semble plus acceptable que si elle venait du « commun des mortels ». Néanmoins, il ne me semble pas que cette pensée soit partagée par un grand nombre de personnes, y compris dans la communauté scientifique. Elle est acceptée fort souvent, et le modèle des intelligence multiple de Gardner y a probablement fortement contribué, mais elle ne me semble pas intégrée tant il est encore fréquent d’entendre cité des exemples de hauts-potentiels intellectuels comme représentants ou images prototypiques de la douance. Pourtant, on peut difficilement contester le génie (et j’emploie volontairement le terme à la place des termes « hauts-potentiels », vu qu’il me semble que le potentiel est pleinement réalisé) de personnages tels Mozart, Magritte, Picasso, Pietragalla, Rodin ou Desproges. Il est vrai que ces formes d’expressions de l’intelligence sont complexes, subjectives et difficiles à quantifier. N’oublions pas qu’actuellement, la notion de haut-potentiel se base principalement sur une notion statistique considérant les personnes d’une population qui sont les plus performant dans certains domaines, et généralement, les 2,2% qui se situent au-delà de deux écart-type par rapport à la moyenne sur une courbe gaussienne.

Dès lors, il me semble difficile de classer des prestations artistiques ou humoristiques et d’identifier les hauts-potentiels dans ces domaines. Ça semble possible pour l’intelligence musicale, plus difficile pour le visuo-spatial (bien qu’il y a des tests existants) et franchement complexe pour l’humour, l’expression corporelle ou les arts plastiques. Si on glisse vers les performances sportives, la notion de haut-potentiel devient encore plus difficile à objectiver. Pourtant, ils sont nombreux dans le monde à voir du génie dans les performances de Bubka, Beckham, Pelé, Clijsters, Valera, Tissier, Popov et autres. D’ailleurs, ces sportifs et/ou combattants utilisent des capacités intellectuelles qui sont mesurables individuellement mais qui ne s’expriment à leur paroxysme que lorsqu’elles sont combinées à leur créativité, leur psychomotricité voire encore d’autres « potentialité ». Bien sûr, comme le modèle de la douance et du talent de Françoys Gagné le souligne, le don n’est pas suffisant, il faut qu’il puisse se développer dans un cadre propice et avec le travail ou l’entrainement nécessaire. Tous les êtres doués ne seront pas talentueux, comme semble l’indiquer une des études réalisée par Lewis Terman, l’inventeur du QI (qui était encore à l’époque le résultat du rapport entre l’âge mental et l’âge réel de la personne, tout un programme), dans le courant des années 1920.

Si l’on veut pousser la réflexion vers l’absurde, on peut se demander ce qu’il en serait si nous devions considérer la performance à certains jeux vidéo, au poker, à la construction de châteaux de sable, de maquettes en allumettes ou je ne sais encore quoi d’autre comme critères de mesure d’un potentiel? Bien sûr nous retrouverions une série de processus cognitif qui sont de mieux en mieux isolés par les neuro-cognitivistes et nous retrouverions probablement des capacités élevées dans d’autres domaines, les potentiels dans les différentes formes d’intelligence étant sous-tendus par un facteur commun (appelé facteur G) qui semble être plus ou moins présent (important) selon les processus cognitifs impliqués. On peut quantifier la performance de certains processus cognitifs isolés ou en groupes et ainsi identifier les personnes qui présentent des performances supérieures hors-normes, que nous appellerons les hauts-potentiels. C’est ce que permettent, en partie du moins, des tests comme ceux proposés par Wechsler, le WAIS ou le WISC. Cependant, nous n’avons probablement pas encore identifié et/ou quantifié tous les processus cognitifs à l’œuvre dans cette magnifique machine qu’est notre cerveau. Les critères actuellement utilisés pour « identifier » les hauts-potentiels ne sont donc pas exhaustifs.

En soit, on peut d’ailleurs se demander qu’elle est la nécessité d’identifier toutes les formes de haut-potentiel. Il y a là de vraies questions d’ordre philosophique et politique. Les tests de performances intellectuelles comme les échelles de Wechsler trouvent leur utilité dans l’analyse plus ou moins fine qu’ils fournissent quant au fonctionnement intellectuel / cognitif de l’individu et donc, de là, la capacité de discerner les causes de problèmes d’apprentissage scolaire ou de fonctionnement intellectuel. En dehors de cela, l’utilisation de ces tests pour discriminer une population, voire pour la stigmatiser, me semble hautement discutable et sujet à un questionnement éthique, et ce, que ce soit pour le haut-potentiel ou pour les déficiences intellectuelles. C’est d’autant plus questionnable qu’il arrive fréquemment qu’on utilise le haut-potentiel pour expliquer certaines caractéristiques émotionnelles et sociales de ces individus. Hors, ces caractéristiques ne leurs sont pas réservées et ne sont pas systématiquement présente. La diversité des types de personnalité que l’on retrouve parmi les hauts-potentiels est probablement aussi grande que dans le reste de la population. Il est cependant vrai que certaines caractéristiques sont plus fréquentes parmi les HP que d’autres (perfectionnisme, hypersensibilité, sens aigu de la justice, etc.). Elles ne sont cependant pas systématiquement présentes, faut-il le rappeler, et une investigation de la personnalité est la seule façon d’évaluer ces caractéristiques, tout comme pour le reste de la population. Le haut-potentiel intellectuel est une caractéristique qui ne définit pas la personnalité même si elle peut l’influencer. Il est donc nécessaire de laisser les stéréotypes de côté et de considérer les personnes à haut-potentiel dans leur individualité et leurs spécificités « hors normes ».