Le sport, traitement le plus efficace contre la dépression?

Si vous êtes dépressif, réellement dépressif, pas juste un peu déprimé cette semaine, quel est le meilleur traitement pour vous sortir de là? Aller chez le médecin lui demander un anti-dépresseur? Consulter un psychologue clinicien? Ou s’inscrire au club de course à pied près de chez vous?

Bien que la devise « Mens sana in corpore sano » (un esprit saint dans un corps sain) soit connue de toutes et tous, notre société nous a mené à penser que la solution à nos problèmes psychologiques (et on peut encore se poser la question du « psychologique » car il n’y a rien de tel qu’une maladie qui est juste psychologique, la dualité corps-esprit étant aussi une vue, biaisée, de l’esprit) réside principalement dans de jolies petites pilules  ou dans de longues séances sur un canapé. Et pourtant…

Avant d’être des psychothérapeutes, les psychologues cliniciens et les psychiatres sont des scientifiques. En tant que tels ils se doivent d’être ouvert à toutes les possibilités et d’utiliser la méthode scientifique pour faire la part des choses entre les faits et les croyances. Et c’est sur base des faits scientifiquement établis et de son analyse de la situation du patient (ou client) qu’il propose le traitement le plus approprié. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas car même les psychologues et psychiatres qui se tiennent au courant des avancées de la science ne peuvent absorber toute la connaissance de tous les champs d’étude couvert par la science ni même uniquement celui que couvre le vaste domaine de la santé ou même de la santé mentale. Souvent, nous avons un biais qui nous pousse à lire les articles qui nous parlent de ce que nous connaissons déjà ou de ce qui nous intéresse, ignorant ainsi, de facto, les autres avancées, probablement tout aussi importantes, de la recherche. Et même si nous sommes au courant de la recherche, il n’est pas impossible que nous doutions de la recherche (n’est-ce pas l’attitude princeps du scientifique que de douter) ou que nous ne l’utilisions pas car ce n’est pas ce que nous avons appris. Un psychologue qui vous dit d’aller faire du sport, de manger mieux, de dormir plus, de rencontrer des gens, de rire et de prendre soin de vous, n’est pas dans son rôle, ou du moins pas dans celui qu’on peux lui attribuer de manière stéréotypée. Finalement, le rôle du psychologue / psychothérapeute n’est-il pas de soigner par la parole, d’écouter, de faire preuve d’empathie, d’analyser? Et bien non! Le rôle du psychologue clinicien, et les récentes évolutions législatives belges en la matière vont dans ce sens, est de guérir et de prévenir la maladie mentale ou psycho-somatique. Si l’on ne veux pas polariser le monde entre ce qui est de l’ordre du pathologique et ce qui ne l’est pas, on peut alors arriver à un objectif plus large pour les psychologues cliniciens et les psychiatres: aider leurs clients à se sentir mieux, à être plus épanoui. Et pour ce faire, il n’y a pas qu’une seule solution ou qu’un seul aspect à considérer mais bien une approche multidisciplinaire, holistique comme certains aiment à l’appeler. Nous sommes à la fois un corps, un esprit, une identité, une partie d’une famille, d’un groupe, d’une société, de l’humanité.

Notre bien-être passe donc par ces différentes choses: Une alimentation saine, une activité physique raisonnable et respectueuse de notre corps, du repos en suffisance, une bonne santé, des relations harmonieuses avec nos amis, du partage et des échanges, un sentiment de sécurité, un sens à nos actions et à notre vie. Non pas une de ces choses là mais bien toutes ces choses là, en même temps, dans un équilibre qui nous est propre. Nous couvrons donc ici bien des domaines de recherches et d’activités: Biologie, médecine, nutrition, cuisine, sociologie, psychologie, politique, kinésithérapie, philosophie, spiritualité, etc.

Donc, quand vous allez chez un psychologue clinicien, il va vous écouter, essayer de comprendre les difficultés que vous rencontrez, de voir quels sont les facteurs qui créent et qui entretiennent ces difficultés, ces souffrances et vous aider, tant que possible, à y faire face. Néanmoins, il ne peut pas faire son métier correctement s’il ne vous dit pas que vous avez besoin de tout cela en même temps.

En 1979, Greist, Klein et al. étudiaient l’efficacité de la pratique de la course à pied comme traitement contre la dépression, mentionnant le peu d’études sur le lien entre sport et traitement de la dépression. En 1987, Doyne, Ossip-Klein et al. comparaient l’efficacité de la course à pied et de la musculation aux haltères comme traitement de la dépression. En 1993, Byrne et Byrne faisaient une revue de la littérature sur l’effet de l’exercice physique sur la dépression et notre humeur, montrant que des effets étaient montrés mais que des problèmes méthodologiques existaient. Depuis lors, des centaines de recherches ont été menées et la controverse ne semble toujours pas levée. Pourtant, à choisir entre les traitements médicamenteux, qui ne portent pas moins à controverse, et la pratique du sport, il me semble évident que cette dernière présente nettement plus de bénéfices secondaires au traitement de la maladie mentale que la prise de médicaments, sans avoir de très nombreux effets négatifs (si l’on pratique raisonnablement et dans le respect de son corps, j’entends) que pour que le principe de précaution ne nous fasse choisir de promouvoir plus le sport que les antidépresseurs. D’autant plus que le sport apporte bien d’autres avantages à notre santé, notre condition physique et nos performances cognitives (voir l’article ‘mens sana in copore sano‘ pour plus de détails sur ce sujet)

Très récemment, en 2016, Schuch, Vancampfort, Rosenbaum et al. ont publié une méta-analyse (une analyse des données de plusieurs études précédentes) d’études aléatoire contrôlées (RCT – Randomize Controlled Trials) portant sur 25 études rassemblant au total 1487 adultes. D’après leur étude, la pratique d’exercices en aérobie (en endurance donc) présente des effets significatifs d’amélioration, d’autant plus, semble-t’il, s’ils sont encadrés pas des entraîneurs professionnels ou des professionnels de la santé. Ces effets sont aussi valable pour les dépressions majeures et dépassent largement ceux que l’on exige des médicaments antidépresseurs pour être acceptés sur le marché. Schuch et al. soulignent aussi l’important biais qui existe au niveau des publications scientifiques sur le sujet, celle-ci étant nettement moins souvent publiées que celles sur les psychothérapies ou les traitements médicamenteux.

Conclusion, il est important de prendre soin de soi en pratiquant une activité physique modérée pour éviter de dépenser son argent en pilules multicolores ou de venir voir un psy, et comme je l’écrivais déjà il y a près de 3 ans, il est tout aussi important de se faire plaisir.

Enjoy your life.