Mens Sana in corpore sano

Même si ce n’était pas tout à fait le sens de la phrase dans son contexte d’origine, la devise « Mens Sana in corpore sano » est sensée nous inciter à s’occuper de notre corps aussi bien que de notre esprit. L’homme est hybride, il n’est pas que corps ou qu’esprit, il est les deux, de manière indissociable. Nos facultés cognitives sont très largement tributaires de la capacité de notre corps à oxygéner le cerveau ainsi qu’à notre état de fatigue général (qui est le résultat de mécanismes physiologiques complexe). Les études sur la dépression, les maladies neurodégénératives et certaines capacités cognitives (comme la mémoire, entre autres) montrent encore plus clairement et plus scientifiquement ce lien. Selon Anil Nigam de l’Université de Montréal, un entrainement par intervalle (dont les entraîneurs sportifs connaissent l’efficacité) durant 4 mois améliore non seulement la VO2max (la capacité du corps à absorber et transporter de l’oxygène) mais aussi des capacités cognitives et principalement mnésiques (Voir l‘article sur Pyschomédia – l’échantillon était petit, l’expérience devrait être reproduite à plus grande échelle). Une étude menée par Alan Gow et ses collaborateurs de l’Université d’Edinburgh (publiée dans Neurology) indique que l’exercice physique est le meilleur garant de l’état de notre cerveau et de nos fonctions cognitives face aux effets du vieillissement (devant les relations sociales et l’exercice intellectuel). Kirk Ericksson et ses collaborateurs de l’Université de Pittsburgh ont montré l‘effet bénéfique de l’entrainement physique sur la mémoire et surtout ses effets bénéfiques pour lutter contre le vieillissement. La page du laboratoire d’étude sur le vieillissement du cerveau et la santé cognitive de l’université de Pittsburgh (Brain Aging & Cognitive Health Lab) reprend une série impressionnante d’articles scientifiques sur le sujet disponible pour la plupart en PDF.

En résumé, faites du bien à votre corps, votre esprit s’en portera mieux.

Entrainement à la reconnaissance des émotions (grâce aux expressions du visage)

Suite au message précédent vous informant (alors que ce n’est pas nouveau) de l’existence d’un programme d’entrainement gratuit à la reconnaissance des émotions (FaceTale) et vu les réactions à ce « Post » (merci « Lie to me »?), je vous propose une petite revue des solutions disponibles pour s’entraîner à la reconnaissance des émotions par les expressions du visage, des micro-expressions (l’apparition très brève d’une expression faciale liée à une émotion) ou aux expressions subtiles (une partie seulement des muscles  liés à l’expression typique d’une émotion sont activés – voir des exemples dans l’article « Emotions revealed: recognising facial expressions » de BMJ Careers – c’est en effet plus « subtile »).

Vous vous demandez peut-être quel est l’intérêt de s’entraîner à cela? Finalement, nous sommes probablement déjà capable de reconnaître les émotions sur un visage. Ou peut-être sommes nous peu performant à cette tâche et il n’est pas possible de s’améliorer. Ou peut-être tout simplement, n’y a t’il pas de science ni de généralité en la matière.


C’est Charles Darwin qui fut le premier à étudier l’expression des émotions chez l’animal et chez l’homme. Il consigna le résultat de ses recherches dans un livre devenu un classique, « De l’expression des émotions chez l’animal et l’homme » (Dont le contenu est disponible intégralement en ligne sur http://darwin-online.org.uk/ en Anglais ou une version en Français en livre de poche ), qu’il publia en 1872, 13 ans après « L’origine des espèces: Par le moyen de la sélection naturelle, ou la préservation des races favorisées dans la lutte pour la vie ».

100 ans plus tard, Paul Ekman identifie 6 émotions reconnue universellement:

  • La joie
  • La tristesse
  • La colère
  • La peur
  • Le dégoût
  • La surprise

Ces émotions ont chacune une expression faciale qui semble être reconnue universellement (Ekman a mené des études cross-culturelles assez concluantes bien que la règle semble avoir quelques rares exceptions). Plus tard, dans les années 1990, Ekman ajouta 9 autres émotions (dont des positives) mais qui n’ont pas toutes une modalité d’expression faciale spécifique: l’amusement, la satisfaction, le mépris, la gêne, l’excitation, la culpabilité, la fierté, le soulagement, le plaisir et la honte.

Afin de pouvoir étudier scientifiquement les expressions faciales, Paul Ekman et Wallace Friesen inventent en 1978 un système de codification des expressions du visage se basant sur les muscles utilisé pour chaque expression, le FACS (Facial Action Coding System). Ce système, mis à jour en 2002, est toujours le système de référence utilisé de nos jours dans les études sur les expressions du visage.

Plus tard, Ekman (encore lui) découvrit ce que l’on appelle désormais les micro-expressions, des expressions du visage, liées à une émotion que l’on essaie de cacher et qui n’apparaissent que pendant un très bref instant, de l’ordre du 30ème de seconde (à peine visible pour l’oeil humain). Ekman qui à voué une bonne partie de sa carrière à l’étude des émotions et de leurs expressions, s’est aussi intéressé de très près à la détection du mensonge par l’analyse du langage non-verbal (que ce soit les micro-expressions, la position du corps, le timbre de voix) ou le contenu verbal (choix des mots, type d’expressions, de récit, etc.). C’est d’ailleurs de l’histoire et des recherches de Paul Ekman que ce sont inspirés les scénaristes et producteurs de la série américaine « Lie to me« , dont Ekman fut le principal conseiller scientifique.

Selon Matsumoto et & Hwang’s (in press – voir leur article sur le site de l’APA), le taux de reconnaissance moyen des émotions par un quidam non entraîné est de l’ordre de 48%, voire même de 35% si l’on ne tient pas compte de la joie et de la surprise qui sont les deux expressions les plus facilement reconnaissable (ce qui n’est pas absolument mon avis, la peur et la surprise étant assez proche en terme d’expression faciale, elles peuvent parfois être confondue). Après entrainement, ce chiffre peut facilement monter à 80, 90 voire 100%, y compris pour ce qui est des micro-expressions (furtives) et des expressions subtiles. Comme ils le font remarquer dans leur article publié sur le site de l’American Psychological Association  (2011), la capacité à décoder correctement les expressions du visage et les informations non-verbales en général est un facteur essentiel de la capacité à avoir des relations satisfaisantes avec son entourage, personnel ou professionnel (sans parler de l’amélioration de la capacité à détecter un mensonge).

Plusieurs sociétés ou organisations proposent des formations, souvent en ligne ou par ordinateur, pour améliorer notre capacité à reconnaître les émotions exprimées par les expressions du visage:

  •  FaceTale de l’Université Catholique de Louvain (BE) et de l’Université d’Edinburg (UK): Reconnaissance des émotions et des micro-expressions (La joie, La tristesse, La colère, La peur, Le dégoût, La honte) par la pratique d’un test avec feedback . Français/Anglais. Gratuit. Logiciel sous Windows.
  • METT (Micro Expression Training Tool) du Paul Ekman Group.  Reconnaissance des micro-expressions et des émotions (La joie, La tristesse, La colère, La peur, Le dégoût, la surprise, le mépris) incluant une partie didactique expliquant les différences entre les différentes expressions. Certificat de réussite (80%) et de maîtrise (90%). Anglais. 20$(Normal) ou 69$ (advanced). En ligne, pas de limite de temps.
  • SETT (Subtle Expression Training Tool) du Paul Ekman Group.  Reconnaissance des micro-expressions et des émotions (La joie, La tristesse, La colère, La peur, Le dégoût, la surprise, le mépris) incluant une partie didactique expliquant les différences entre les différentes expressions. Anglais. 39$. En ligne, pas de limite de temps.
  • MiX (lite, original, Pro, 2, Elite or 3) de Humintell (Société fondée par David Matsumoto). Reconnaissance des micro-expressions et des émotions (La joie, La tristesse, La colère, La peur, Le dégoût, la surprise, le mépris) incluant une partie didactique expliquant les différences entre les différentes expressions et des visions de visage de côté (dans certaines options). Anglais. De 29 à 89$. En ligne, pendant un an.
  • SubX (lite, Novice, Pro & Elite) de Humintell (Société fondée par David Matsumoto). Reconnaissance des expressions subtiles et des émotions (La joie, La tristesse, La colère, La peur, Le dégoût, la surprise, le mépris). Anglais. De 29 à 99$. En ligne, pendant un an.
  • T.E.L.C. Micro-expression de Lynx Expert. Reconnaissance des micro-expressions et des émotions (La joie, La tristesse, La colère, La peur, Le dégoût, la surprise, le mépris). Français, Anglais et Espagnol. 39€
  • Getting Flirty par Globalemotion.com.  Reconnaissance des micro-expressions (La joie, La tristesse, La colère, La peur, Le dégoût, la surprise, le mépris) uniquement sur des visages féminins. Anglais. 3.99$. Sur iPhone ou iPad (IOS 3.2+) uniquement.
  • Spot de Fake Smile de la BBC. Test pour détecter les vrais sourires (dit de Duchenne) des faux (forcés). Anglais. Gratuit. En ligne (Flash).

Quelques références bibliographiques:

FaceTale, un entrainement au décodage d’expressions faciales… Gratuit

Pierre Philippot (Université de Louvain, Belgique) et Mick Power (Université d’Edinburg, Angleterre), avec le support technique de Pierre Mahau (Université de Louvain) ont développé le projet FaceTale, un programme de formation destiné à améliorer les capacités de décodage d’expressions faciales. Ce programmé a été conçu, selon les auteurs, « pour améliorer la sensibilité des psychothérapeutes et des travailleurs sociaux au comportement non verbal ». Il est basé sur le jeu de stimuli d’expressions faciales développé par Beaupré et Hess (2005).

L’entrainement se fait à l’aide d’un programme informatique disponible gratuitement (pour un usage non commercial) sur le site de FaceTale.

L’illusion et ses effets sur la réalité…

En lisant l’excellent thriller de Giacometti et Ravenne « Conjuration Casanova« , je fut surpris de lire  la description d’une expérience visant à mesurer l’effet d’un entrainement par imagination de mouvement sur le développement musculaire (du pouce, dans le livre). Sachant que les auteurs ont généralement l’habitude de se baser sur des faits réels, je me suis mis à la recherche d’articles scientifiques sur le sujet. A ma grande surprise, j’ai trouvé quelques articles relatant cette expérience ainsi que d’autres sur le même principe mais visant d’autres muscles (Page, Levine & Khoury, 2009;Sidaway & Trzaska, 2005; Yue & Cole, 1992 et bien d’autres).

S’imaginer faire un mouvement (sans le faire) de manière répétitive, comme lors d’un entrainement physique, amène donc une augmentation de la force et de la précision du mouvement de ce muscle (voire même de sa masse). Cette augmentation pourrait être dûe à un entrainement du système nerveux qui mènerait à une meilleure utilisation des fibres musculaires. En effet, l’action d’imaginer un mouvement utilise une bonne partie du système nerveux utilisé pour effectuer réellement ce mouvement.

Vous êtes peut-être en train de vous demander ce que ces recherches en physiologie peuvent avoir comme lien avec le mieux être psychologique (pour les personnes souffrant d’une blessure physique et en incapacitée temporaire, ces découvertes leur sont/seront probablement fort utile pour la rééducation). Si l’on fait le lien avec des expériences classique de psychologie sociale sur la rétroaction faciale (Strack, Martin & Strepper,1988; McIntosch, 1996) ou la rétroaction posturale (Riskind & Gotay ,1982) ou plus récemment l’influence de la respiration sur la perception des émotions (Philippot, Chapelle, Blairy, 2002), qui nous rappelle le lien intime entre le corps et l’esprit lorsque l’on parle d’émotion, on peut alors facilement voir l’intérêt d’une pratique simple pour être heureux: Activer notre bonheur. Faire semblant. Lisez-moi bien. Je n’écris pas qu’il faut nier ses émotions négatives, loin de là! Je suggère juste, et je ne suis pas le seul, d’entrainer (votre corps et) votre esprit au bonheur. Jouer à faire semblant d’être heureux pour être plus heureux, pour de vrai (qu’est-ce qui est vrai ou faux, d’ailleurs).

La méditation joue probablement aussi sur ces effets. En entrainnant la bienveillance (et aussi le sourire – ne vous êtes vous jamais surpris à sourire pendant une méditation) et une posture droite ainsi qu’une respiration calme, nous entrainons notre capacité à sourire spontanément, à être heureux, à être fier de soi, bienveillant envers soi-même, naturellement. Donc, n’hésitez pas à vous imaginer souriant, droit, solide et serein, cela risquerait de vous changer réellement, durablement, positivement.

Jouer à être heureux, pour être plus heureux.

Quelques références:

Musique et sons relaxant

En général je vous fait part de mes coups de coeur littéraire mais aujourd’hui, pour changer, je voudrais partager deux agréables découvertes au rayon CD.

En général, lorsque l’on parle de musique de méditation, de yoga ou de relaxation, on se retrouve très rapidement face à un vaste choix de compilations de musique « Lounge » de bonne ou mauvaise facture ou de rescapés du peloton de queue du top 100 traditionnel indien. Pour en avoir écouté quelques-uns, j’ai personnellement rarement trouvé ces musiques relaxantes et encore moins de bonne qualité acoustique.

Heureusement, comme c’est souvent le cas, quand il y a du mauvais, il y a aussi du bon. J’ai eu le plaisir de dénicher récemment deux CD qui, bien que différents, valent le détour.


Le premier, « Music For Zen Meditation (Verve Originals Serie)  » de Tony Scott est un enregistrement d’une session de Jazz (Verve Original Serie, pour les amateurs de Jazz) aux mélodies « Zen » et aux sonorités japonaise. Vu que la musique vaut mieux que des centaines de mots, je ne peux que vous conseiller de cliquer sur l’image du coffret ci-contre qui vous amènera sur la page d’Amazon liée à ce CD et qui vous permet d’écouter cet excellent album, très rafraîchissant et « zenifiant »

 


Le second, dans un genre un peu différent, est « Apaisement : Mélodies Du Silence Des Bols Chantants Tibétains » de Tsering Tobgyal est, comme le titre l’indique, un album de 4 morceaux joués uniquement avec des bols chantants tibétains. Cela peut sembler un peu austère pour les profanes occidentaux que nous sommes mais cette musique, ces sons, ont réellement un effet apaisant. Si vous méditez, le lien avec les sons de début et de fin de méditation ne peut que vous aider à entrer dans cet état de plénitude encore plus facilement. Petite anecdote personnelle pour ceux qui font de la méditation avec leur(s) enfant(s) comme moi (à l’aide du CD et du livre d’Eline Snel, par exemple), mes enfants réclament cette musique pour s’endormir le soir. Lorsqu’ils sont surexcités, l’effet est assez impressionnant car ils trouvent le calme puis le sommeil en quelques minutes. Ici aussi vous pouvez cliquez sur l’image pour écouter des extraits sur le site d’Amazon.

Le journal des sciences comportementales contextuelles est né!

L’ACBS (Association for a Contextual Behavioural Science) vient de publier le premier numéro du JCBS (Journal of Contextual Behavioral Sciences) en Anglais.

Le premier numéro est disponible gratuitement (cela ne va pas durer) sur le site de Elsevier: http://www.journals.elsevier.com/journal-of-contextual-behavioral-science/recent-articles/

Bonne lecture.

Deuil et tradition

Pour commencer, voici une citation de Gustav Malher : « La tradition, c’ est transmettre le feu, pas vénérer les cendres. »

En relisant cette métaphore je ne peux m’empêcher de faire un lien entre tradition, souvenirs et deuil. Il me semble que la façon de vivre un deuil, à un certain moment, peut s’apparenter à l’une ou a l’autre de ses deux propositions. La question qu’on ne se pose peut-être pas lorsque l’on est dans cette situation, c’est probablement de savoir le sens que l’on veut donner à ce deuil: vénérer un souvenir, une absence, ou transmettre ce qui animait l’être perdu, ce qui le passionnait? Qu’est-ce qui est important pour vous, a ce moment là?

Quand j’écris « être perdu », il me semble que cela vaut aussi pour nos illusions, nos idéaux ou nos attentes dont on doit parfois faire le deuil avec une souffrance parfois tout aussi forte.

Faut-il être psychologue pour être psychothérapeute?

En 2012, sur un forum professionnel auquel je participe, la question de l’intérêt d’avoir une formation de psychologue (formation universitaire de 5 ans) pour être psychothérapeute fut posée. J’avais répondu à l’époque sur ce forum et copié une partie de cet échange ici. Ce 3 janvier 2016, j’ai édité cet article pour le remettre au goût du jour en intégrant la nouvelle loi sur la pratique de la psychologie clinique et de la psychothérapie. Bien que les exigences légales soient nettement plus claires qu’elles ne l’étaient à l’époque, certaines questions abordées ici restent d’actualité.

Légalement, en Belgique, à ce jour (janvier 2016), le titre de psychothérapeute n’est pas encore protégé mais l’arrêté royal qui vise à protéger la pratique de la psychologie clinique et de la psychothérapie devrait prendre effet dans le courant du mois de juin si notre chère ministre de la santé ne vient pas rajouter son grain de sable à un dossier qui a mis près de 20 ans à trouver une solution. A ce jour, la pratique du diagnostic clinique en santé mentale et de la psychothérapie, l’art de guérir la souffrance mentale, s’inscrivent dans les pratiques de la médecine (réservée aux médecins donc) ce qui provoque un problème juridique certain, d’autant que ni les psychologues ni les « psychothérapeutes » ne sont considérés comme des professionnels de la santé. Le psychothérapeute n’étant pas « reconnu » officiellement (alors que de facto il l’est par les médecins et les clients), sa pratique ne peut être remboursée par l’INAMI et la belle réduction du coût de la sécurité sociale que cela pourrait engendrer (en augmentant l’utilisation des psychothérapies à la place des médicaments) ne peut être mis en place. Un casse-tête institutionnel qui est compliqué par des disparités nord-sud qui sont plutôt le reflet de différences de modèles théoriques que de problèmes linguistiques.

La loi du 4 avril 2014 (dite loi Muylle) définit désormais des conditions claires pour l’exercice de la psychologie clinique ainsi que pour l’obtention d’une habilitation à la pratique de la psychothérapie. Cette dernière étant subordonnée à une formation supérieure de type court (graduat ou bachelor) en psychologie, soins infirmiers ou assistantes sociales (il y a un peu plus de formations reconnues que celles là) ainsi que d’un cursus en psychopathologie et une formation dans l’une des quatre orientations reconnues par le conseil supérieur de la santé (Systémique, cognitivo-comportementale, centrée sur la personne et psychodynamique). Notez que la psychanalyse à réussi à ne pas se faire considérer comme une pratique psycho-thérapeutique (ce qui a du sens vu le manque de preuve scientifique de l’efficacité de la psychanalyse classique). Notez aussi qu’il y a une différence entre la psychanalyse classique (couché sur le divan, 3 à 5 séances par semaines pendant plusieurs années) et les pratiques psychodynamiques qui s’inspirent de la psychanalyse au départ mais ont évolué vers une approche plus pragmatique et plus courte.

Pour en revenir à la loi Muylle, elle n’est pas parfaite mais permet déjà de mettre un peu d’ordre dans un secteur qui est malheureusement gangrené par quelques charlatans qui jettent le discrédit sur l’ensemble de la profession. Néanmoins le débat est toujours en cours et chacun vient avec son dogme, réfutant le point de vue de l’autre, désirant conserver une autonomie voire une hégémonie sur le secteur et bloquant ainsi l’avancement du processus, au détriment des clients, des personnes en souffrance, bien-sûr.

Comme souvent le débat est en fait une lutte de pouvoir. Cependant il y a des réelles questions qui se posent et qui devront trouver réponse à l’avenir pour le bien des clients (ou patients, selon l’école). Ces questions sont probablement plus philosophiques que politique mais pas sans incidence sur cette dernière. Voici une copie de mon intervention sur le forum dont je faisais mention au début de cet article. Malgré le temps qui a passé depuis lors (bientôt 4 ans), ces questions me semblent toujours pertinentes. Si quelqu’un veut y apporter son éclairage, il est évidemment le bienvenu.

Voici déjà la question posée: « Selon vous, quelle est l’importance de la formation de psychologue dans le cadre de l’accompagnement ? Thérapeute psy ou non psy – coach psy ou non psy ? Quelle est la valeur ajoutée du diplôme de psychologue dans ces activités (i.e. coaching et thérapie) ? Est-ce nécessaire ? »

Suivi de ma réponse:

« C’est une question que je me pose depuis bien longtemps et je n’ai pas (encore) une réponse bien arrêtée sur le sujet mais j’ai déjà quelques éléments de réponse. La formation universitaire de psychologue (clinicien ou non) ne vise pas à former des psychothérapeutes mais bien des « chercheurs » en psychologie (qui est l’étude scientifique du psychisme, du fonctionnement cognitif et des comportements). 

Les formations privées ou universitaires en psychothérapies forment à un (parfois, mais rarement des) modèle(s) et des techniques qui y sont liées et à superviser les « étudiants » dans leur pratiques de ces techniques (je ne m’étendrai pas sur le coût de ces formations et sur le lobby que font certaines, pour ne pas dire toutes les plus importantes ou les mieux représentées – ça tient presque des sectes ou des mafias parfois). 

Les études scientifiques sur l’efficacité des psychothérapies (faites par des psychologues, dont une grande majorité, de par leur formations, sont influencés par un modèle ou un autre, il peut donc y avoir des biais dans ces études, mais certains chercheurs en tiennent compte, heureusement) semblent indiquer que la technique, le modèle thérapeutique utilisé, compte pour moins de 15% dans les facteurs de succès d’une psychothérapie. Le reste étant des facteurs principalement liés à la capacité du psychologue à l’empathie, à créer du lien, à croire en son patient, à être « présent » dans la relation. Ces « qualités » du psychologue ne sont pas développées par un apprentissage théorique mais bien par une pratique répétée, des expériences de vie, un travail sur soi même. Notez que ces pratiques et expériences ne sont pas l’apanage de la psychothérapie ou du cadre thérapeutique et aussi que tout le monde ne part pas du même niveau. De par leur environnement, leur chemin de vie, leur acquis et l’inné, certaines personnes ont « naturellement » développé ces qualités (ou certaines) sans devoir suivre de formation (si ce n’est celle de la vie et de la relation à autrui). 

De plus, une approche « intégrée » (utilisant les différents modèles) semble plus efficaces (et certaines études indiquent que près de 80% des psychologues psychothérapeutes utilisent un mélange de techniques et de modèles dans leur pratique) mais les formations de ce type (intégrées) sont peu fréquentes. Notons aussi que selon certaines études, certains modèles sont plus efficaces pour traiter certains types de problématique (pour ma part j’ai rarement rencontré de clients avec un seul type de problème et avec lequel je ne pouvais pas faire une interprétation multiple des « symptômes » ou des comportements observés et des causes probables) 

Moins scientifiquement, plus au niveau « philosophique », je me demande si j’ai été un moins bon psy (il faudrait encore définir ce que c’est) au début de ma carrière, avant que je ne suive toute une série de formations que maintenant, ou que demain (ou plus tard)? Quand aurai-je du commencer à pratiquer, si ce fut le cas? 

On peut donc se poser la question de l’adéquation de formations que se concentrent sur des apprentissages « techniques » (qui comptent pour 15% du résultat) et négligent ou minimise le développement des qualités personnelles. 

On peut donc se demander si il faut laisser faire les praticiens de modèles farfelus qui ne sont efficaces que de par les facteurs interpersonnels (mais c’est déjà énorme) mais qui peuvent aussi s’avérer tout à fait inefficace?

Etant un pragmatique, je me demande aussi si on peut faire n’importe quoi au nom de l’efficacité. Je m’explique: si j’utilise une technique X qui fonctionne parce qu’elle utilise les facteurs d’efficacité d’une technique Y mais entourée d’un emballage différent (un peu comme les tours de magie), est-ce que c’est éthique, sachant que l’efficacité est quasi identique mais que 80% de ma technique n’est pas nécessaire pour être efficace mais elle donne un côté magique (ou vendeur, ou qui correspond mieux aux croyances de mes clients)? 
Et quant à l’utilité des formations de psychologues? Je n’ai pas encore trouvé beaucoup de non-psychologues qui se posent les questions ci-dessus, qui essaient de tenir compte des facteurs anthropologiques, neurologiques, sociologiques, éthiques, etc. La formation n’est pas suffisante pour être psychothérapeutes mais elle me semble bien être un (strict) minimum pour faire ce métier. 

Comme le disait un de mes professeurs, le psychologue est un chercheur face à chacun de ses patients, il doit remettre le modèle en question en permanence et ne pas essayer de valider le modèle à tout prix. Je pense néanmoins qu’on a encore du pain sur la planche pour se remettre en cause. Il y a encore énormément de dogmes enseignés dans nos formations universitaires. Un peu plus de philosophies des sciences ne nous ferait pas de tort. 

La psychologie (et la psychothérapie) n’est pas une science exacte mais cela ne l’empêche pas d’être une science. Il ne faut pas oublier cependant qu’une science n’est pas un ensemble de savoir mais bien une méthode, un principe de remise en question permanente et d’examen des faits en faisant abstraction des croyances et des dogmes. »

 

Sur cela, Egide Altenloh qui a lancé la question répond:

« ..A mon sens, la formation de psychologue permet de donner un semblant de garantie que la personne qui l’a suivi a un peu de recul critique par rapport au(x) modèle(s) théorique(s) au(x)quel(s) elle se réfère et s’intéresse en partie à ce que raconte les recherches sur l’efficacité des thérapies et intègre les résultats dans une réflexion de sa pratique, voir une remise en question de celle-ci. 

Il faut particulièrement faire attention aux formations privées (je le sais, j’en donne 😉 ). On y trouve de tout : je vous renvoie au scandale de 2007 où un institut de formation en « thérapie de l’âme », dirigé par une personne enregistrée comme « homme de ménage », a défrayé la chronique. 

A mon sens, les risques de tomber sur un manipulateur intégriste voir religieux (ou scientiste) sont réduits quand le thérapeute/formateur a une formation de psychologue. Cette opinion n’engage que moi bien entendu 🙂 »

 

Ce qui amène le complément de réponse de ma part que voici:

« Risques réduit mais loin d’être inexistant, malheureusement. Et j’ai plus d’un exemple en tête. Quand je vois un Astrologue-psychologue (je prend l’exemple parmi tant d’autres), je me demande si c’est un désir de s’inscrire dans les croyances du patient (comme peut le faire l’ethnopsychiatrie) ou simplement d’utiliser les croyances pour se faire un peu plus d’argent. C’est juste une question. Il me semble qu’on flirte avec les pseudo-sciences et la manipulation (bien que les psychothérapeutes peuvent aussi utiliser la manipulation pour aider leurs patients à s’engager dans un changement). La question est finalement: en quoi cette manipulation améliore la vie de mon client et respecte t’elle son libre arbitre, sa liberté individuelle. 

Bon, je m’égare (mais ça reste dans le sujet: le questionnement scientifique et a-dogmatique de sa pratique que la formation du psychologue doit – idéalement – lui avoir inculqué) »

Comme vous pouvez le voir, la question est loin d’être simple et je n’ai fait que de donner un résumé de quelques points qui rentrent en compte (ne parlons pas du point de vue économique et des risques sectaires).

 

Quelques références et articles intéressant sur le sujet: